Microhabitat
7.2
Microhabitat

Film de Jeon Go-Woon (2018)

Une comédie sociale tendre-amère qui déménage

Une formidable premier film entre comédie de mœurs et drame social qui m'a fait penser à la comédie à l'italienne, moins acerbe et plus mélancolique, mais qui partage une structure proche du film à sketch, un regard juste et mordant sur les travers de la société coréenne. Ca pourrait être d'une noirceur et d'un pessimisme étouffant mais la distanciation ironique du scénario et le choix d'une héroïne qui cultive sa marginalité permet de ne pas en faire une simple victime.
On se met ainsi plutôt à plaindre ses anciens camarades qu'elles rencontrent à tour de rôle et qui représentent tous une façade de l'absurdité et la solitude de la vie citadine : la pure salary woman, la mère de famille aliénée, l'épouse devant partager un petit appartement avec sa belle-famille, le dépressif s'est endetté à vie pour satisfaire sa femme qui l'a quitté au bout de 6 mois, le célibataire qui vit avec ses parents.
Malgré cette structure en épisode, le film n'est jamais inégal ou répétitif grâce à son humour qui fait toujours mouche comme la description de la vie sentimentale de l'héroïne avec son petit copain, un auteur de BD sans succès. Les séquences irrésistibles s'enchaînent, sans précipitation : le couple désirant faire l'amour mais dont l'excitation retombe à cause du manque de chauffage (et décrétant qu'il reprendront au printemps), la visite des appartements de plus en plus insalubre, les inquiétants parents prêts à tout pour trouver une fiancée à leur fils...
La cinéaste trouve toujours le ton juste entre la satire, le pathétisme et la fatalité sans méchanceté ni cynisme. Et surtout sans jugement ni solution facile ou leçon de morale. On sent une réelle interrogation sur l'incompatibilité entre les impératifs de s'adapter à une société de plus en plus conformiste, tributaire de l'argent, et le désir d'entretenir ses rêves. La fin peut ainsi se comprendre de deux façons différentes. Et complémentaires.
Une petite merveille qui m'a fait regretter d'avoir raté les courts-métrages de la cinéaste qui étaient excellents paraient-ils, et d'une virulence beaucoup plus directe.

anthonyplu
8
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le 4 janv. 2019

Critique lue 659 fois

anthonyplu

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