Microhabitat
7.2
Microhabitat

Film de Jeon Go-Woon (2018)

"Je n'ai besoin de rien, tant que je suis avec toi et que je fume"

Miso, cela veut dire sourire et, ce sourire, Miso nous le transmet par la beauté de son aura et de son insouciance.

Elle dira à son petit ami, interprété par le remarquable Ahn Jae-hong : « Le whisky, les cigarettes et toi, ce sont mes seuls plaisirs. »

Elle fume beaucoup, mais ne boit pas jusqu’à l’ivresse, elle n’en a pas les moyens. Malgré l’envie, elle ne fait pas l’amour, dans sa chambre insalubre il fait trop froid.

Il lui dira : « On fera l’amour au printemps. » Il aimerait vivre avec elle, mais il n’a pas d’argent, il doit rembourser ses prêts d’étudiant.

Et puis, tout se met à augmenter ; le prix du loyer, des cigarettes et de son Glenfiddich, les ménages ne suffisent plus à payer. Alors Miso fait le choix de quitter son logement et d’errer, de toit en toit, chez des amis.

C’est un premier long métrage et c’est une réussite.

Avec une simplicité et un minimalisme presque déconcertants, la réalisatrice Jeon Go-woon nous communique ce qu’elle a sur le cœur ; comme un cri qu’elle aurait savamment distillé à travers la sensibilité de son écriture.

Avec son cinéma réaliste et intimiste, elle nous dépeint une Corée toujours plus arriviste et avide, laissant pour compte les plus démunis, les artistes, mais aussi ses travailleurs. Des travailleurs à la précarité psychologique, dont les salaires ne compensent, finalement, qu’un remboursement de leurs prêts.

Avec intelligence et poésie, jamais elle ne tombe dans le misérabilisme ou une quelconque coréennitude, parce qu’elle utilise les yeux de Miso pour nous dire. Miso l'évanescente, qui jamais ne juge mais qui offre, à qui veut, son sourire et sa main tendue.

La réalisatrice en profite aussi pour nous glisser quelques clichés de la femme coréenne en 2018 ; la belle-fille, sbire de ses beaux-parents, la bourgeoise installée dans son ennui, la prostituée qui paie le prix de son indépendance, …

Et puis, elle vient furtivement, avec pudeur, dénuder la vulnérabilité masculine, comme peu de réalisateurs y parviennent.

Un des moments les plus bouleversants est lorsque le petit ami de Miso, sur le point d’un départ, court vers elle et l’étreint d’un amour monument, comme si sa vie en dépendait.

Avec mon peu de coréen, j’ai noté quelques prises de liberté dans la traduction des sous-titres français, sacrilège. Il faut, toutefois, reconnaître que le titre Microhabitat est un choix judicieux ; la traduction littérale du titre original, Une Petite Princesse, en refroidirait plus d’un.

Microhabitat, c’est un moment de grâce qui nous rappelle que notre humanité et notre liberté nous appartiennent individuellement, que le choix nous incombe de les ériger en norme et non d’en faire fi comme des exceptions qui confirmeraient la règle. Un film qui nous souffle l’envie de rayer, une bonne fois pour toutes, les mots « Utopie » et « Rêve » lorsque l’on pense à « Monde Meilleur. »

J’ai vu, lors de sa sortie, le film uruguayen Whisky, que j’avais bien aimé, tel ce breuvage tant cher à Miso. Chaque fois que les personnages étaient pris en photo, ils prononçaient « Whiskyyy » sollicitant ainsi leurs zygomatiques à esquisser un sourire.

Alors, à vous tous qui êtes arrivés jusqu’ici, je vous dis Merci et Whisky.


Lo-Shi
8
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Créée

le 24 mars 2026

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Lo-Shi

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