Microhabitat
7.2
Microhabitat

Film de Jeon Go-Woon (2018)

Malgré son style mélodramatique, le film surprend par son réalisme social et on ne peut que s'interroger sur le mode de vie coréen. Mi-So jeune femme de 31 ans vivant par ses propres moyens en temps que femme de ménage nous montre une fresque sur la société coréenne contemporaine. Au premier abord, on s'attache assez vite au personnage d'une sensibilité discrète et d'une modestie rare. Etrangement, elle semble inerte à son mode de vie précaire. Les personnages qu'elle rencontrera seront ses anciens ami.e.s avec qui elle avait formé un groupe de musique au lycée et qu'elle fréquentera pour se faire héberger et de squatter chez eux. L'ironie étant de ne plus payer de loyer pour ne pas sacrifier le peu de plaisir qu'elle a en fumant et buvant du whisky. Très vite lors de ses rencontres, ses proches la jugeront sur son mode de vie et son comportement. Le personnage révélera son humanité au fur et à mesure de ses rencontres.
Ses choix de vie seront très vite contestés par son entourage. Malgré un système de plus en plus conformiste et matérialiste et des ambitions de plus en plus carriériste, on ressentira une barrière sociale qui finira par l'isoler et l'exclure du monde. l'héroïne n'est pas à plaindre car elle montre de manière ironique les ambitions grotesques de ses anciens camarades. Le film m'a rappelé la thématique d'un des premiers films "Cathy Come Home" réalisé en 1966 par Ken Loach racontant l'histoire d'un couple qui vont subir eux aussi une crise du logement et de l'augmentation du coût de la vie et plus récemment du film "Une affaire de famille" du japonais Hirokazu Kore-eda qui traiterai aussi de manière juste la vie prolétaire au japon. Cinquante ans plus tard en Corée du Sud, cette crise sera aussi et toujours d'actualité. A travers la ville, la condition humaine est de plus en plus clivante. Le film d'un réalisme troublant, critique le rapport entre les individus et montre comment la vie peut être difficile à supporter. Le traumatisme caché par le protagoniste, révèle certaines cicatrices qui ne se fermeront peut être jamais et qui se déteignent sur sa propre vie. Le film nous montre que l'humanité manque cruellement d'empathie aujourd'hui face à une vie frénétique et absurde de sens moral. Aujourd'hui, la plupart des grands cinéastes coréens comme Lee Chang-dong (Burning) et Bong Joon-ho (Parasite) vont s' intéresser à cette thématique sur la discrimination sociale où les frontières entre les prolétaires et la bourgeoisie témoigne d'une réalité bien pire que la fiction.

Créée

le 12 juil. 2019

Critique lue 434 fois

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