Midnight Silence, le premier film de Kwon Oh Seung, aurait pu être un thriller comme les autres sur des maniaques en série qui traquent leur prochaine victime innocente (généralement une jeune fille), mais le réalisateur sud-coréen utilise une astuce pour que son film se démarque des autres films similaires - il fait du personnage féminin, Kim Kyung Mi (Jin Ki Joo), une sourde-muette. Le spectateur est pris au piège de l'intrigue, car comment une jeune fille sourde-muette échappera-t-elle à un horrible maniaque en série ? Ce dernier est d'ailleurs interprété par un charismatique acteur sud-coréen, Wi Ha Joon, qui s'est bien accommodé de son rôle de tueur, mais en termes de scénario, son personnage est resté en suspens. En tant que maniaque en série, il est méticuleusement préparé. Dans sa camionnette, il transporte non seulement des armes de crime, mais aussi différents vêtements et accessoires dans le but de changer d'apparence, de tromper les gens et de brouiller les pistes. Hormis son désir de tuer des jeunes filles, nous ne savons rien de lui, ni la raison des meurtres, ni son passé dont nous pourrions tirer des hypothèses sur les raisons qui l'ont poussé à devenir un tueur en série. Il semble que pour le réalisateur, il fût plus important de se concentrer sur les événements d'une nuit, dans les ruelles sombres de Séoul, à travers lesquelles, comme une souris fuyant un chat, une innocente victime sourde-muette va s'enfuir pour échapper à un maniaque en série.

Cependant, nous en savons un peu plus sur le personnage féminin. Kyung Mi travaille dans un centre d'appel et communique avec des clients malentendants. Sa mère est muette aussi mais malentendante et travaille dans une usine de couture. Toutes deux, mère et fille, travaillent dur pour partir en voyage sur l'île de Jeju, un rêve qui risque de ne pas se réaliser à cause des plans brutaux d'un tueur en série. Les personnes handicapées sont parfois sous-estimées. Les sourds lisent parfaitement sur les lèvres, les aveugles entendent et distinguent chaque craquement et reconnaissent les gens à leurs soupirs. Si un organe sensoriel ne fonctionne pas, les quatre autres fonctionnent doublement, voire triplement, pour le remplacer. Privée d'audition et de voix, Kyung Mi est plus agile, plus rapide et plus malin que les autres. C'est pourquoi elle est si chanceuse, évitant une mort violente à chaque fois qu'elle rencontre un maniaque en série.

Le film traite autant de la survie à tout prix que du sacrifice. De soi ou d'autrui. Avec Kyung Mi et sa mère, l'agent de sécurité Choi Jong Tak (Park Hoon) parcourt les rues nocturnes de Séoul. Alors que les deux premiers fuient le tueur en série toute la nuit, le dernier le poursuit pour retrouver sa jeune sœur, morte ou vive, victime du même maniaque. Pris au piège par un maniaque, Jong Tak est confronté à un choix : sauver Kyung Mi, qui se retrouve entre les mains de ce tueur impitoyable, ou sauver sa propre petite sœur, Choi Seo Jung (Kim Hye Yoon). Il ne s'agit même pas d'un choix entre la Vertu et le Vice, mais d'un dilemme cornélien (opposition entre deux sentiments forts, par exemple entre l'amour et l'honneur, le désir et le devoir). Troublé par sa conscience coupable, Jong Tak choisit de sauver sa sœur, et ce choix nous paraît tout à fait humain. Que sommes-nous, sinon des êtres humains ?

C'est la courageuse Kyung Mi qui décide de se sacrifier pour détourner le maniaque de Seo Jung, et l'attire à sa suite dans un endroit bondé. Cette décision semble être la bonne, car en cas de stalking, il est conseillé aux filles de courir vers la foule afin de ne pas rester seules avec leur stalker. Mais que faire si la foule semble indifférente à ta situation ? Kyung Mi, un petit couteau à la main pour se défendre du maniaque, court dans la foule et attrape les mains des passants pour les supplier de l'aider. Elle n'a pas de voix, mais ses yeux crient à l'aide. Son comportement effraie la foule qui la prend pour une folle, car elle ne peut même pas dire un mot, en plus, elle a un couteau dans les mains. Le maniaque en série observe le comportement de la foule et profite de son aveuglement en disant que Kyung Mi est sa petite sœur qui a besoin d'aide. Il a une voix que la foule croit. Pour que la foule aveugle la croie, Kyung Mi affronte le maniaque et utilise ses mains pour se poignarder. Le couteau reste dans les mains de l'homme et Kyung Mi tombe sur le trottoir avec sa blessure. Cette fois, la foule la croit et se précipite à son secours. Ce passage du film reflète l'attitude de la société à l'égard de la violence des femmes. La société ne croit pas une femme qui demande de l'aide tant qu'elle n'est pas blessée ou tuée.

Sachko
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le 21 août 2024

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