Une remarque pour commencer.

Quand il s’agit de motiver leur opinion, les défenseurs de Midnight Special citent en premier lieu la scène de conduite nocturne, phares-éteints. Et il est vrai que cette scène est belle. Mais il s’agit de la remettre dans le contexte : elle est quasiment la première du film.

Or le début d’un film, et à fortiori sa premières scène, a par définition un avantage considérable sur le reste de l’œuvre : le bénéfice de virtualité. Presque toutes les premières scènes sont belles. Comme les enfants, elles ne sont pas riches de ce qu’elles sont car elles ne sont encore rien, mais de ce qu’elles pourraient être. Elles sont belles de leur potentialité car ce qu’elles n’ont pas en effectivité, elles l’ont en puissance. Et puis au fur et à mesure le potentiel se transforme en effectivité, des embranchements se présentent, le film fait des choix, les portes de l’imaginaire se ferment une à une et le rêve prend la forme d’une œuvre particulière. Quand il prend fin, on juge le film sur ce qu’il est réellement devenu, non sur ce qu’il pouvait être au départ. Voilà pourquoi les débuts de film sont souvent charmants et évocateurs (surtout auprès des personnes imaginatives). Voilà pourquoi leurs fins sont si décisives dans le jugement qu’on portera sur eux.

Donc, oui, cette première scène de Midnight Special est plutôt réussie mais remettons la à sa place.

La fin en revanche est me semble-t-il assez décevante : d’abord on s’aperçoit que nombre de thèmes amorcés au cours du film (par exemple la secte texane) ont été abandonnés, donnant l’impression de promesses non tenues.

Ensuite la dernière scène proprement dite vers laquelle toute la tension convergeait n’est pas à la hauteur. Il faut dire que l’ambition était importante : le mystère de Midnight special avait une tonalité métaphysique qui rendait toute conclusion délicate. La métaphysique est par définition ce qui nous échappe. Comment donner une forme de réponse sans désacraliser la question ? On balance entre deux écueils : frustration et désenchantement. A ma connaissance, à ce jour seul Kubrick y est arrivé dans 2001. D’autres et pas forcément des moindres, s’y sont cassé les dents : Spielberg (Rencontre du troisième type), Nolan (Interstellar), James Gray (Ad astra), Villeneuve (Premier contact) et j’en oublie…

Dans le cas de Midnight Special, la réponse donnée pêche par son esthétique.

Visuellement la soit disant architecture extraterrestre qui nous est vendue évoque plus les villes écologiques utopiques dessinées aujourd’hui dans nos agences d’architecture. Je gage qu’elle sera vite datée.

Musicalement, alors qu’il s’agit d’accompagner un moment sublime au sens fort du terme, la bande originale, quelconque, ne fait pas le poids (après tout si la musique de 2001 est si réussie c’est que Kubrick avait la culture et la lucidité pour admettre que Richard Strauss était un meilleur compositeur que ceux de son époque).

Au final, quel bilan pour Midnight Special ? Celui d’un film intéressant dans ses ambitions mais décevant dans sa réalisation. Bilan mitigé, donc.

Feuardent
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le 2 janv. 2026

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