Le cinéma des frères Lumière + 120ans


"Midnight Special est la vision métaphorique de l'idée que nous devons faire confiance à nos enfants"



Jeff Nichols via Philippe Rouyer ( ‏@philippe_rouyer )


Je crois que c'est une des seules choses à savoir en allant voir ce film: il est l'oeuvre, avant tout, d'un père.
L'autre chose à savoir est que l'on peut qualifier ce film de minimaliste.
En fait Midnight Special est une expérience, un œuvre qui est brute et "pure": pendant la séance j'ai eu l'impression de redécouvrir le fait d'aller au cinéma pour effectivement voir une œuvre, de redécouvrir le 7e art.


La plupart des films d'aujourd'hui ( et surtout ceux dans le "genre" de Midnight special ) ont toujours quelque chose d'agressifs, ils s'adaptent, se plient aux spectateurs et nous poussent dans le film à renfort de scènes impressionnantes ou émouvantes. On se sent toujours agrippé par le film qui fait tout pour nous garder immergé en lui.
J'ai mis "genre" entre guillemets car on peut déjà dire que Midnight Special casse les codes : est-ce un film de science-fiction ? Un film fantastique ? Un road-movie ? Un thriller ? Un drame ? Rien de tout ça ? Tout en même temps ?
C'est à nous, spectateurs, de nous faire notre idée, à nous de nous investir dans le film pour le comprendre et le ressentir.


C'est là qu'est la clé du film, ce film est une expérience, un voyage.
Pendant la première moitié du film Jeff Nichols (réalisateur de l'hallucinant Take Shelter, dont Midnight Special pourrait être une suite spirituelle) nous propose une situation et les différents points de vue autour ( celui du personnage de Shannon, puis le "Ranch", puis la police, puis l'agence gouvernementale, en passant par la vision du journal TV et donc de l’américain moyen). Il nous donne des éléments, des personnages, des situations et nous laisse nous débrouiller pour rentrer dans le film. C'est ce qui fait la très grande force du film, je l'expliquerais dans le paragraphe suivant, mais c'est avant tout du quitte ou double : Soit on se plie au regard du réalisateur/scénariste, soit on reste sur le bord de la route.


Rien n'est donc jamais explicite dans ce Midnight Special (hormis la fin dans la forme, ce qui peut choquer), d'où le coté minimaliste. Que ce soit dans les éléments de l'intrigue: on a juste quelques pièces d'un puzzle loin d'être complet.
Mais surtout dans la relation entre les personnages et c'est là qu'on atteint quelque chose d'exceptionnelle.
Jeff Nichols a dit dans une interview qu'aujourd'hui dans les films si deux personnages sont frères/sœur il faut forcement qu'ils le disent très rapidement et clairement dans le film, dans une phrase pas du tout naturelle. Ici les dialogues sont épurés au maximum, mais surtout d'une sincérité troublante, car magnifié par les non-dits, les regards, les gestes.
Pour accompagner le tout Michael Shannon et Kirsten Dunst ( surtout ) n'ont jamais été aussi naturels et humains et pour sublimer le tout il y a la photo d'Adam Stone et la musique époustouflante de David Wingo.


Conclusion:
Le film n'est pas une claque comme peu l'être un pur thriller ou un film de SF car c'est un voyage, une expérience, comme je l'ai dit, quelque chose de brute.
Chacun rentrera dans le film de lui-même, à un moment ou à un autre, sans s'en rendre compte.
Au départ, on se questionne, on essaie d'apprivoiser le film, on comprend qu'il ne faut pas attendre de lui mais s'y investir vraiment : s'y laisser plonger, se laisser aller dans ce que nous propose le réalisateur et son histoire. Si c'est le cas, à un moment on est totalement immergé dans cet univers, et plus on avance vers la fin inévitable, plus les scènes deviennent incroyablement poignantes.
Les mots sont toujours invisibles, seuls les regards et les gestes demeurent, mais on comprend, on compatis, on a fait le voyage dans cette voiture nous aussi.
Oui, petit à petit, j'étais dans cette voiture, sur la banquette arrière, j'ai voyagé si loin et j'ai ressenti des émotions qui n'étaient pas exagérées ou forcées par le film mais douces et presque "sincères".
Plusieurs jours après la séance la mélodie résonne toujours dans ma tête et je pense toujours à ce petit garçon et à ses parents, je n'ai pas totalement quitté le film et lui non plus n'est pas complètement partie.


Alors je pense pouvoir dire que c'était une belle expérience, un doux voyage, un grand film, quelque chose d'unique dont je ne me suis pas encore remis.

AnEcila
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Créée

le 20 mars 2016

Critique lue 514 fois

Louis Chappot

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