Milan Calibre 9 est le plus connu dans l'oeuvre de Fernando Di Leo, considérée jusqu'ici comme du cinema bis. Elle fait partie de l'inspiration de Quentin Tarantino, aussi certains films sont devenus plus accessibles que d'autres.
En voici cinq, excellents thrillers italiens d’action des années 70. Deux autres, présentés aussi, étonnamment, comme des thrillers d'action sont à mon avis désastreux, vraiment du cinema bis.
Milan Calibre 9, 1972 : 8.
La Mala Ordina, Passeport pour deux tueurs, 1972 : 9
Il Boss, 1973 : 9
Il poliziotto e marcio / Shoot first Die Later Salut les pourris, 1974 : 7
Il Padrone de la Citta (Mr Scarface), 1976 : 8
Colpo in Canna (Ursula l’Anti Gang, 1975) : 1
"Avere Vent' anni " "Avoir vingt ans", 1978 : 1
Milan Calibre 9 est visible sur la plate forme Amazon ou bien on le trouve avec trois autres thrillers en dvd dans un coffret avec La Mala Ordina, Il Boss, Il Padrone de la Citta-Mister Scarface.
Ils ont une trame assez semblable mais à chaque fois originale.
Les scénarios mettent en scène des mafieux, des petits et des puissants, très bien croqués pour leurs luttes intestines et leurs conflits avec la police.
La moralité et l’intelligence des flics est aussi douteuse que celle des malfrats, et les films ont une sympathie avouée pour les losers ou les marginaux de ces deux mondes-là, chez les flics comme chez les voyous, car ils résistent aux puissants des deux bords et prennent leur revanche contre leur arrogance et leur pouvoir.
Il y a aussi en contexte et en filigrane la contestation sociale des années 70 (d’où sans doute l’aspect critique de la police), et une touche d’érotisme point trop appuyée mais tout à fait agréable.
La narration et le rythme de tous ces films sont excellents et les rebondissements sont captivants. Les acteurs sont remarquables.
Une mention spéciale à Gastone Moschin dans le plus celèbre de ces quatre films (Milano Calibro 9, 1972) et à Mario Adorf, lequel joue dans deux des opus, avec le rôle principal dans le deuxième (La Mala Ordina, Passeport pour deux tueurs).
Certains des tueurs ou certains boss de la mafia sont des gueules américaines bien connues. Dans La Mala Ordina, Henry Silva et Woody Stroode jouent plutôt mal, moins bien que dans leurs films aux USA, soit à cause du dépaysement soit parce qu’ils vivent cette délocalisation vers l'Italie comme une déchéance, surtout Woody Stroode qui est doté d'une perruque, alors qu’on l’a toujours connu dans ses seconds rôles chez John Ford avec un crâne rasé, ce qui fait partie de son charisme.
Dans Il Boss, on retrouve un Richard Conte vieillissant et encore Henry Silva en tueur impitoyable. Celui-ci joue mieux dans cet opus que dans le précédent, et il rappelle même sa composition effrayante dans l'excellent film américain Johnny Cool (La revanche du sicilien), 1963, de William Asher.
Dans Il Padroni de la Citta - Mr Scarface, Jack Palance fait une composition extraordinaire. En grande retenue, seulement avec des sourires étirés et des mouvements de la tête et du corps, il arrive à être d'une si inquiétante étrangeté qu’elle suscite l’épouvante. On retrouve aussi l'acteur anglais Edmund Purdom en maitre peureux d’un petit gang de banlieue. Le jeune acteur qui joue le policier dans cet opus est Harry Baer, un allemand.
Dans Milan Calibre 9, on remarque dans les second rôles le français Philippe Leroy et l'américain Lionel Stander, et on n’oubliera pas Barbara Bouchet et son superbe strip tease.
Dans La Mala Ordina, on retrouve avec plaisir Franco Fabrizi en garagiste équivoque, Sylva Koscina en femme au foyer divorcée, Luciana Paluzzi (qui fut une remarquable James Bond girl) en hôtesse plutôt pudique. Surtout, c'est Adolfo Celi qui fait une composition superbe de chef mafieux pris entre le marteau et l’enclume dans sa réflexion, ses choix et ses actions. C'est à comparer avec le souvenir de ses apparitions stéréotypées de méchants élégants et superficiels dans d’innombrables films anglais ou français des années 60 et 70.
Il poliziotto e marcio / Shoot first Die Later / Salut les Pourris 1974 : 7
Celui-ci, non inclus dans le coffret des quatre précédents, a été tourné apres Il Boss (et avant Il Padrone de la Citta). Il a encore Richard Conte comme chef mafieux, ici à la fois diplomate et implacable, et deux acteurs français, Luc Merenda, dans le rôle d' un policier héroïque mais véreux, et Raymond Pellegrin dans un rôle de mafieux violent. (Luc Merenda joue dans plusieurs polars d'actions de cette période comme le bon "Calibre magnum pour l'inspecteur" de Michele Massimo Tarantini, 1977). Poursuites en voiture et fusillades dans la rue assez longues montrent une virtuosité rappelant, comme souvent chez Di Leo, celles du hongKongais Ringo Lam, sans les égaler cependant.
Un sixieme film de Di Leo, Colpo in Canna (Ursula l’Anti Gang, 1975) avec Ursula Andress tourné aussi avant Il Padrone de la Citta, est visible sur la plate forme d’Amazon mais c’est un simple véhicule pour des scènes dénudées avec Ursula, qui sont tellement desservies par un scénario policier inepte et paresseux qu’elles s'en trouvent dégradées. Le film est désastreux.
Le septième film vu, tourné en 1978 "Avere Vent' anni " "Avoir vingt ans" a une réputation de bon thriller très érotisé, mais il est en fait nullissime. Il semble que cette fois, l'âge a eu raison du réalisateur, subjugué a posteriori par la libéralisation des moeurs post 1968. Il filme en roue libre des étudiantes dont la liberté sexuelle est exposée ridiculement comme un vagabondage sans queue ni tête, tandis qu'on n'arrive pas à distinguer la moindre trame de thriller associée.
(Notule de 2020 publiée en Juillet 2025).
Remarque du Jour :
Pour "Avoir vingt ans" : au vu de certaines critiques de mes éclaireurs qui l'ont vu jusqu'au bout (moi je n'ai pas réussi), la fin réhabilite le film et lui donne plus de sens. Aussi, ne pas me croire sur parole avec mon appréciation empreinte de déception.