Waouww alors ok Millennium Mambo m'as littéralement bouleversé et il me hante encore. Rarement une œuvre aura capturé avec tant de grâce ce sentiment de mélancolie au dessus du temps, piégé dans un présent qui glisse déjà vers le nouveau millénaire. C’est un voyage intime d'une pureté plastique incroyable, où la mélancolie urbaine croise la poésie pure, quelque part entre Wong Kar-wai et Tarkovski (toutes proportions gardées).
Déjà bon. La scène d'introduction en traveling ralenti sous les néons est MAGISTRALE, l'une des plus belles de l’histoire du cinéma. Car elle n'est pas seulement sublime, elle résume tout ce que le film va raconter. Splendide. J'avais déjà les chocottes.
Millenium est un chef d’œuvre notamment grâce à sa mise en scène radicale. Une photographie saturée hypnotique, des panoramiques lents, et des longs plans séquences qui laissent les corps de Vicky et de ses amants habiter l'espace, s'engueuler, manger, se fuir puis se réconcilier. On est clairement sur un choix radical qui va en désarçonner beaucoup, mais à raison. Ce sentiment d’être engouffré dans un quotidien perdu est vraiment inégalable.
Le cinéaste nous immerge dans un véritable cocon sensoriel, ce qui fait d'ailleurs penser au travail de Grandrieux (en moins crade) et à celui de Kubrick sur Eyes Wide Shut. On flotte littéralement dans cet espace temps ou on sait que tout est inéluctable.
Car l'idée qui fait basculer le film pour moi, c’est l'utilisation de la voix off. La protagoniste, dix ans plus tard, raconte sa propre histoire à la troisième personne. À cet instant, son présent toxique devient un souvenir déjà scellé par son passé. Ce décalage insuffle une sorte de grandeur poétique extraordinaire au film. Le potentiel ennui de son quotidien devient alors une émotion esthétique bouleversante.
On entre ainsi dans cette jeunesse noyée dans la fumée et l'alcool avec une tristesse grise, pour en ressortir vers une forme d'apaisement lumineux. D’ailleurs, en répondant à la scène d'ouverture, la séquence finale offre une promesse de renouveau et transforme la mélancolie en un réconfort magnifique. A ce moment, les larmes coulent et l'admiration monte. Purée c'est fantastique, qu’est-ce que j’aime ce film.