Mind Game est un film vraiment fatigant à regarder. En même temps, l'affiche seule met déjà en condition : couleurs (très) flashy, character design douteux, titre vous sautant à la gorge dès le premier coup d’œil... J'admets que ça m'a rendu un tantinet soupçonneux quant à ce que j'allais visionner, et curieux en même temps.
Les premières secondes du long-métrage installent une ambiance visuelle très particulière, à priori pas si écœurante que ça. Vue de l'intérieur d'une voiture, la nuit japonaise apparaît, sombre et floue. Dans le rétroviseur se dessine le visage d'un homme aux traits tirés, observant la course d'une jeune fille fuyant sous la pluie. Ça sent le film de mafieux, la chasse à l'homme froide et implacable. Ça ne ressemble pas du tout à ce à quoi je m'attendais ; ça ne ressemble pas non plus au reste du film, d'ailleurs.
Le style graphique est très agressif, anguleux, disgracieux d'une manière générale. Un choix artistique qui ne m'enchante pas tellement, mais qui colle relativement bien à l'atmosphère recherchée. Par contre, j'ai trouvé franchement malvenue l'idée d'avoir redessiné les visages des personnages par-dessus ceux, photographiés, de vrais acteurs. Le procédé n'est utilisé que pour un poignée de plans rapprochés, mais donne au film un aspect "roman photo" assez ridicule . Notons au passage que cette technique n'est employée (sporadiquement) que pendant la première demi-heure, comme si Masaaki Yuasa et son staff s'étaient aperçus en plein milieu de leur boulot que le rendu n'était pas terrible, et avaient illico bazardé le concept.
Pour en revenir au scénario, l'intrigue se tient à peu près jusqu'à la "mort" du protagoniste, Nishi (palme d'or du décès le plus stupide du monde) vers le quart du long-métrage. Passé cet épisode, on part dans le délire le plus complet, pour ne plus en sortir. Je n'ai rien contre l'absurde et le décalé, au contraire, mais on assiste là à une série de péripéties totalement loufoques et WTFesques, qui réussissent l'exploit d'être à la fois hystériques et chiantes. Le spectateur n'est absolument pas impliqué, Yuasa se contente de l'assommer avec un trip sous acide entrecoupé de passages plus "calmes", mais pas forcément plus intéressants. Le film verse dans le n'importe quoi gratuit, dépourvu de beauté ou de poésie, avec pour seul but de nous montrer l'étendue de l'imagination de Robin Nishi (auteur de la BD Mind Game, dont le film est une adaptation).
J'avais déjà eu cette impression de foisonnement un peu stérile et dégoûtant devant Le voyage de Chihiro. Mais honnêtement, Chihiro m'a semblé être un modèle de cohérence et d'élégance comparé au film de Yasua. Mind Game m'a littéralement épuisé et coupé l'appétit, chose que même les esprits dégoulinants de boue de Miyazaki n'avaient pas réussi à faire.
D'aucuns objecteront que Mind Game est une oeuvre à prendre second degré. Mais dans ce cas comment justifier le sérieux de l'introduction et la prétention exaspérante de la scène finale, qui s'achève sur un "This story has never ended" ultra pompeux ? Le tout accompagné par une pseudo morale à demi dissimulée et néanmoins bateau, sur le thème "we are born to be wild", qui n'apporte ni n'enseigne grand chose et ne suscite pas de réflexion a posteriori.
Peut-être suis-je simplement passé à côté de ce film. Mais en le visionnant, j'ai plutôt eu l'impression de me le prendre en pleine gueule tel un parpaing largué par un hélico Skycrane. Avec migraine offerte en bonus.