A travers une histoire banale, tirée du film « La femme infidèle » de Claude Chabrol, Andrei Zviaguinstsev met en exergue les compromissions auxquelles nous pousse un monde de plus en plus tourné sur l’individu et le quotidien étriqué d’une bourgeoisie qui a perdu sa boussole morale. Alors que Vladimir Poutine envahit l’Ukraine, Gleb n’a qu’une seule obsession : son couple et l’éloignement, de plus en plus prégnant de son épouse. Plutôt que de consacrer son énergie à s’opposer au régime, il l’emploie à tuer son rival et préserver son quotidien. En apparence, il n’a pourtant rien du « méchant » traditionnel. C’est un chef d’entreprise prospère, un peu fallot à côté de ses amis oligarques qui partent en Thaïlande, se font refaire le corps par les plus grands chirurgiens plastiques du monde et n’ont peut être même pas conscience qu’à leurs frontières, l’armée tue.
Gleb lui doit envoyer des hommes, ses salariés, au front. Il choisit d’en embaucher exprès pour les mener à l’abattoir … puis sélectionne un peu … on peut tirer des opportunités de n’importe quelle situation finalement. Quant à son épouse, elle n’est plus qu’une ombre, qui aimerait retrouver un souffle de vie et d’insouciance dans l’érotisme d’une liaison, et se résigne à se retrancher dans le confort familial d’un couple qui n’a plus aucune colonne vertébrale et préfère collaborer avec le pouvoir pour ne pas subir les conséquences d’une tyrannie d’empereur. La scène finale de cette famille qui part en vacances en Grèce et regarde les nuages comme une oeuvre d’art, alors que ce si beau ciel est aussi un bucher d’ou partent les bombes en dit long sur un certain état du monde.