Son absence aura duré neuf ans et il était temps qu'elle se termine pour tous ceux qui pensent, à juste titre, qu'Andreï Zviaguintsev est le plus grand cinéaste vivant. Obligé de tourner hors de Russie, le réalisateur ne pouvait très certainement pas occulter son thème favori : la société russe, en l'occurrence à travers sa bourgeoisie, au début de l'opération militaire spéciale, selon les termes officiels. Un monde de cynisme, d'hypocrisie et de corruption, au service d'une violence qui punit les moins privilégiés au sein d'un peuple qui n'en peut mais. Dans cette version russe de La femme infidèle de Chabrol, infestée par l'air du temps délétère, Zviaguintsev prend tout son temps pour poser le décor et ses personnages, un couple aisé avec adolescent à la maison, en voie de déliquescence. Avec sa mise en scène toujours aussi éblouissante, dont des travellings soyeux, le film développe progressivement sa critique de la politique des dirigeants de Moscou, alors même que l'action, symboliquement, s'emballe vers le sordide. Zviaguintsev ne nous lâchera plus et ses protagonistes encore moins, collaborateurs à leur "modeste" niveau d'un régime replié sur ses propres mensonges et certitudes. Ce n'est pas le plus grand film du cinéaste, sans doute, mais son haut niveau reste à une altitude telle que bien peu de ses confrères ont une chance d'atteindre un jour. Comme dit-on le GOAT en russe ?