Miracle en Alabama (1962) d’Arthur Penn est considéré comme un classique du septième art. Il s’agit de l’adaptation de l’autobiographie d’Helen Keller “Sourde, muette, aveugle : l’histoire de ma vie” (1903), interprétée par Patty Duke, récompensée par l’oscar du meilleur second rôle féminin. Anne Bancroft, qui incarne son éducatrice, obtient aussi un oscar, en tant que meilleure actrice, lors de la cérémonie de 1963.
Comme l’indique le titre du film, l'histoire se déroule en Alabama. Un état ségrégationniste qui panse encore ses plaies, suite à la guerre de sécession.
La scène d’introduction est déconcertante. On se questionne pour savoir s’il s’agit bien du début du film. On est perplexe face à la situation avec ce couple qui surjoue atrocement et ne cesse de crier son désarroi face à un berceau, douloureusement silencieux.
Miracle en Alabama est un film d’un autre temps. Une époque où l’homme est le maître de son foyer, de ses terres, voire du monde. En l'occurrence, il s’agit du Capitaine Keller (Victor Jory) qui ne sait s'exprimer qu’en haussant la voix, sûrement contrarié par la victoire du Nord sur le Sud ségrégationniste. On peut constater qu’il est appelé “Capitaine”, ce qui définit le personnage, même si nous ne savons pas si c’est dû à sa fonction au sein de l’armée ou un titre qu’il s’attribue, en tant qu’homme blanc tout puissant, un peu comme Bruce. Le personnage est aussi insupportable que son paternalisme.
Dans ce contexte de joie et de bonne humeur, Helen Keller est abandonnée à son triste sort. Depuis longtemps, sa mère Kate Keller (Inga Swenson) a baissé les bras, abandonnant tout espoir d’une vie normale pour sa fille, dont l’état psychologique et physique est plus proche d’un animal de compagnie. Elle ressemble à un croisement entre L’Enfant sauvage de François Truffaut et Linda Blair dans L’Exorciste.
Dès les premières apparitions d’Helen, on peut vite constater l’étendue des dégâts. Il s’agit de la pire interprétation d'une personne aveugle. C’était peut-être une performance exceptionnelle à cette époque. Pour ma part, je la trouve risible, limite l’impression d’assister à un sketch de mauvais goût où Mary Poppins vient au secours de Linda Blair avec des méthodes qui ne sont pas très Montessori.
Elles ont été chacune récompensées par un Oscar. Rien de scandaleux, l’académie a bien récompensé Eddie Redmayne pour sa pathétique imitation de Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps.
Anne Bancroft parvient à sauver les apparences et on ne reste pas insensible dès que Regan prononce son premier mot, même si on s’attendait plutôt à un “va s***r des b***s en enfer!”. La déception est toute relative, tant l'ambiance du film n’est pas propice à ce genre de déclarations.
Un classique d'une époque révolue, ou presque, qui souffre des affres du temps.