Miracle en Alabama... On dirait le nom d'une vieille comédie de Lubitsch, et pourtant ça n'a rien de tel. Derrière ce trompe-l’œil extravagant se cache un drame d'une puissance phénoménale, qui verra naître d'autres bijoux d'intensité sur le handicap un peu plus tard comme Une femme sous influence. La jeune Helen (Patty Duke) est sourde, muette et aveugle. Elle vit dans un monde différent du notre. Un monde fait d'angoisses, de doutes, sans aucun repères. Ses parents, désemparés et incapables de gérer l'ingérable, font appel à une éducatrice, jouée par Anne Bancroft, autoritaire et très sévère, qui compte bien apprendre par la force (des choses) et la persévérance tout ce qu'une jeune fille normale devrait savoir et vivre. En se faisant l'écho des peurs de la jeune fille, en la traitant d'égale à égale, elle s'intègre peu à peu dans sa bulle.
Arthur Penn réalise une épreuve douloureuse, bouleversante, sinistre parfois tant la tension bestiale entre les deux femmes est maximale et dure plan après plan, geste après geste. La caméra se fige sur une énergie dramatique et ne la lâche plus, sous l'épais manteau noir des personnages, des duels psychiques où le déséquilibre et la force me rappellent les films de femme de Bergman. Miracle en Alabama est étouffant tant l'emprise qu'elles ont l'une sur l'autre est puissante et transcendante. L'idée n'est pas seulement de montrer une éducatrice aux prises avec la douleur d'une enfant handicapée, mais d'en faire le reflet de l'incapacité des parents à appréhender le handicap. A travers cette relation poignante dont chacune tire une force décuplée, on y redécouvre des valeurs fondamentales comme le partage, l'opiniâtreté, la fureur de vivre.
Miracle en Alabama est la rencontre saisissante entre une femme qui défiera tous les pronostics, tous les avis, à la force de son authenticité, et d'une jeune voyageuse perdue dans les rives impétueuses de l'oubli, dont les voiles déchirées la confortaient dans sa fatalité. Une oeuvre déchirante, comme un cri d'amour pour l'espoir, comme une ode à l'existence quand tout est à (re)construire.