Bonjour M. Cruise,

Tandis que certains politiques français vous accusent d'influence sur les rodéos urbains de leurs banlieues, vous avez choisi, après les JO de 2024, de proposer une fin à l'ère de votre personnage d'Ethan Hunt, digne successeur davantage de Dan Briggs et de Rollin Hand. Votre mission, si toutefois vous l'acceptez sera de ne pas donner dans le No Time to die et offrir une fin digne de votre passage dans la série tout en offrant un relai à une nouvelle figure héroïque pour faire perdurer la série. Si vous et vos collaborateurs échouez, les spectateurs nieront avoir eu connaissance de vos agissements.

Ce message ne s'auto-détruira pas : alors, prenez garde !


Fin du jeu

Le challenge que s'était fixé Tom Cruise en lançant l'incroyable et impeccable Dead Reckoning consistait en rien de moins que tenter en films un des aspects les plus troubles des deux séries matrices de l'IMF: un épisode en deux parties. Défi qui lui faisait courir le risque connu par ses aînés du syndrome de deuxième partie, une partie, intéressante certes, mais rarement à la hauteur de la première. La première occurrence fut d'ailleurs Les Paladins de la liberté (Old Man out en VO) en 1966, lorsque Bruce Geller tenta la réunion de son diptyque pour en offrir une version longue pour le cinéma. Ce qui fut tout bonnement, comme pour beaucoup de série ayant tenté le stratagème - Vendetta pour le Saint excepté peut-être, un échec. Le risque pris par Cruise était donc d'autant plus grand qu'effectivement le 7e volet de son ère plaçait la barre très haut tout en portant un numéro qui, en plus de donner un coup de coude à 007, lui donnait symboliquement un air d'accomplissement. Mais, étant parvenu à projeter Mission: Impossible sur grand écran puis à réaliser le rêve de la série - vaincre James Bond, avec, reconnaissons-le, l'aide bien involontaire de Daniel Craig - il fallait à Tom Cruise un autre sommet à conquérir.

Mal lui en a pris pourtant car Dead Reckoning, injustement victime au box-office du tandem Barbenheimer ou l'escroquerie cinématographique du siècle à demi woke, était si bon qu'il eût pu se suffire à lui même si une fin tangible lui avait été donnée pour explicit. Le tandem Dead et Final Reckoning fera quant à lui songer davantage au ditptyque Infinity War et End Game qui se faisaient la conclusion de la première ère des Avengers de Marvel.

Il ressort donc de ce Final Reckoning une tentative de déjouer la malédiction des diptyques de la série Mission: Impossible tout en proposant cette ingénierie pour le cinéma. Tentative spectaculaire, honorable et louable mais, certes, pas au niveau de son prédécesseur direct, moins encore de la plupart des propositions passées auquel il tâche à se rattacher.


J'ai connu des opus ... mais vous êtes une synthèse !

Car, oui, ce dernier opus des Mission: Impossible d'Ethan Hunt cherche à tisser tous les liens possibles entre les différents volets sans la subtilité voire la maestria d'un Fallout et même un brin de son prédécesseur.

Ainsi on découvrira un lien entre la fameuse Patte de Lapin, si fameuse pourtant en McGuffin, et l'Entité, réelle antagoniste du jour. Ainsi, on créera plusieurs liens avec le premier opus réalisé en 1996 par Brian de Palma (retour d'un personnage inopiné qui, d'ailleurs eût pu se faire plus figuratif, devenant presqu'exagéré à l'acmé de l'intrigue, révélation d'un personnage à la sauce Star Wars qui ravira les inconditionnels de Mission: Impossible tout en leur faisant ce demander le lien autre que méta entre les patronyme de deux gloires passées de 1966. Ainsi plusieurs passages se feront en réécriture des 4, 5 et 6. Ainsi, on ira jusqu'à faire entrer au forceps de flashs façon mash-up ou tribute youtube des écho entre gestes passés et gestes actuels.

Ce qui donne l'impression que le film, qui, certes, se voulait de toute manière la suite du 7e volet, est tristement tributaire et cruellement dépendant de l'ensemble des autres volets de la franchise. Pour éviter de n'être qu'une suite du 7, ce nouveau film se veut la suite de l'ensemble des 7 autres. Mais qui trop embrasse souvent mal étreint. Final Reckoning est donc un très bon Mission: Impossible mais ne se hisse hélas pas en conclusion parfaite.

En guise d'hommage à Mission: Impossible, on trouvera bien plutôt un hommage à Tom Cruise lui-même, certains passages faisant penser aussi à d'autres films de sa filmographie, Top Gun en tête avec l'ensemble de la séquence au porte-avion (l'Amirale Neely aurait même pu être Kelly McGillis, c'eût été plus parlant encore).

C'est donc bien l'heure du bilan pour Ethan Hunt et pour Tom Cruise.


Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée


Pourtant si bilan "reckoning" il y a bien, ce qui surprendra, c'est qu'il n'y a pas de "Final".

En soi, c'est une bonne chose que Cruise n'ait pas eu la prétention nombriliste d'un Daniel Craig qui s'est permis de tuer James Bond après l'avoir salement amoché. Après tout, Mission: Impossible existait avant Hunt et a vocation à lui survivre. Le souci réside en cela que la fin reste relativement ouverte pour ce qui concerne Hunt: mission de gardien reculé ou c'est r'parti pour un tour ? Il y a quelque chose de frustrant dans cette pourtant sublime scène mi-adieu mi-au revoir qui s'achève sur de multiples héros qui se fondent dans la foule des anonymes. Y aura-t-il une suite ? Pour l'un d'entre eux ? Pour tous réunis ? Chacun de son côté ? Prépare-t-on un univers à la Marvel avec un spin-off par personnage ? Devra-t-on seulement s'imaginer le futur de la IMF ?

L'impression d'une non-fin qui vaut bien mieux que la fin sinistre et improbable de No Time to Die mais qui témoigne d'une difficulté pour Cruise à lâcher son rôle, comme s'il le gardait sous le coude en cas d'échec de sa nouvelle approche, plus autorale, du cinéma. Plusieurs flambeaux semblent passés mais, à part peut-être Benji Dunn, aucun ne semble confirmé.

Cette frustration s'accompagne aussi de pistes narratives laissées vacantes: comment Jesper Briggs a-t-il fini par se retrouver mêlé à cette histoire ? Qu'est-il advenu de William Brandt, le personnage de Jérémy Renner ? Qu'est-il advenu de la fille de Max ? Et, à défaut, puisque retour il y a d'anciens personnages, d'ex-co-équipiers d'un seul film ? La frustration d'une mort clairement confirmée pour Isla Faust, pourtant parfait pendant féminin de Hunt.

Mais surtout, la frustration ultime: le passé de Hunt esquissé, évoqué en début de septième volet, le passif entre Ethan et Gabriel restera à l'état où on l'avait laissé sans nous en apprendre plus. Plus aucun intérêt donc pour Gabriel malgré son rôle essentiel dans cette seconde partie.


Mission: Accomplie ?

À prendre tout cela en compte, en ajoutant une Entité qui, pour nous introduire dans le film, se fera par la suite d'une trop grande discrétion en regard avec le volet précédent, on pourrait se dire que le film est mauvais ou bien faible.

Il n'en est pourtant rien car il apporte une antithèse à la thèse de la première partie: après nous avoir dépeint la toute-puissance de l'Intelligence artificielle, le duo Cruise-McQuarrie attire notre attention sur des limites: imitant l'humain, elle va se retrouver affaiblie. Rappel que l'IA, pour être notre création, est souvent un perroquet parfois bluffant parfois imparfait.

Et c'est tout le bon message, vertigineux, de ce nouvel opus, bien résumé par l'excellente scène du sous-marin, dantesque. Dans ce décor de la main de l'Homme, l'Homme est démesurément petit, microscopique. L'Homme créature semble toujours dépassé par ses créatures et créations parce qu'il les souhaite écho du cosmos qui l'entoure et le subjugue. Ce vertige pascalien nous enseigne à prendre conscience de notre mesure face à l'univers et ce que nous y apportons tout en nous rappelant qu'en tant que créateur, il nous revient d'en garder les rênes. Et cela fait tout le crédit de ce nouvel opus, rattrapant ce qui frustre et quelques erreurs de mauvais goût comme l'ensemble des passages mettant en scène les arcanes du pouvoir façon Dr Folamour avec une Angela Basset logiquement intégrée par Fallout mais qui, devenue présidente, n'est pas sans laisser penser que le film comme tant d'autres tourné avant les résultats des élections américaines cherchait à s'attirer la bienveillance de Kamala Harris ... qui ne l'est pas devenue.

Peut mieux faire donc, a mieux fait aussi mais laisse envisager un réel final en guise de synthèse, de véritable synthèse.

Mission: réussie, sans le brio auquel nous ont habitué tous les volets depuis Protocole Fantôme, mais réussie néanmoins.


Frenhofer
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le 4 juin 2025

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Frenhofer

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