Seuls les défenseurs du deuxième opus sont plus fans que moi de Mission Impossible. Depuis dix ans et la sortie de Rogue Nation, la saga occupe une place importante dans mon cœur. Après un deuxième marathon en deux ans, je prends toujours autant de plaisir à suivre les aventures de Ethan Hunt et son équipe. Avant que McQuarrie rempile pour Fallout et pour un diptyque, chaque volet était différent, chacun pouvait y trouver son bonheur. Le grand De Palma retrouvait ses obsessions et ses demi-bonnettes en préparant le terrain pour son Snake Eyes en guise de lancement de la saga d’espionnage-action qui deviendra sous la houlette de Brad Bird le blockbuster de luxe qu’on connaît aujourd’hui. Christopher McQuarrie prend le relais pour le cinquième épisode et en profite pour corriger les défauts des précédents tout en proposant certaines des meilleures séquences de la saga. Il est ensuite derrière le Mission Impossible ultime, celui qui offre les meilleures séquences d’action, celui qui sait le plus retourner le cerveau du spectateur et qui équilibre le mieux le sérieux et l’humour. Le voir prendre le contrôle d’un diptyque qui conclurait la série avait alors quelque chose de rassurant, pourtant Dead Reckoning laisse apparaître des pointes de déception, notamment puisqu’il abandonne les séquences malignes d’échange et d’infiltration qui faisaient le sel de la saga. Une fois ce virage accepté, il faut reconnaître que la qualité reste bel et bien présente et promet un final d’exception. Deux ans plus tard, il est enfin là et les retours auront beau dire le contraire, la saga se termine a priori sur un opus grandiose qui place la barre très haute dans le paysage des blockbusters.


Il est certain que le film n’est pas dénué de défauts, le plus conséquent étant finalement le flop de Dead Reckoning qui pousse ce volet à rappeler sans cesse dans ses premières minutes les événements du précédent. Nous sommes en pleine hype du Barbenheimer quand la première partie sort en salles, les yeux des spectateurs sont rivés vers l’événement estival et les galipettes de Tom Cruise ont du mal à tenir tête au biopic de Nolan et à l’adaptation étonnante de Barbie. L’équipe a alors dû s’adapter pour maximiser les chances de succès de Final Reckoning et ne jamais perdre le spectateur. Durant la première heure, les dialogues sont par conséquent alourdis par des rappels constants des événements du précédent afin que tous les spectateurs aient pleinement conscience des enjeux. Les dialogues font également beaucoup de rappels du premier et du troisième, l’exposition est donc bien trop allongée. Elle l’est d’autant plus que le film ne se contente pas d’évoquer les événements, il les montre parfois lors de rapides flashbacks. Le rythme du montage de la première heure est souvent brisé et les transitions Powerpoint à la Un nouvel espoir n’arrangent rien. À ceci s'ajoutent les défauts qu'on pourrait reprocher au reste de la saga à savoir des dialogues sur-explicatifs qui allongent un film dont on aurait pu couper une quinzaine de minutes. Le dernier défaut majeur est Gabriel, antagoniste prometteur au début qui s'absente longuement avant d'être tourné au ridicule. L’acteur a un certain charisme naturel et durant les premières minutes, il est un méchant crédible et imprévisible. J’attendais plus de présence après le septième volet qui ne l’exploitait pas à son plein potentiel mais cette suite n’en fait rien et lui offre une fin étonnamment absurde.


Malgré toutes les lourdeurs qu’on peut imputer à la fameuse première heure, je ne peux cacher avoir été dans un état d’extase ultime durant les péripéties londoniennes qui aboutissent à un élément déclencheur plutôt attendu mais efficace. Le film s’ouvre sur la matérialisation à l’écran de l’Entité, le vrai antagoniste du film. Il y quelque chose d’hypnotique dans sa représentation consistant essentiellement en des cercles qui tournent et une « voix » ensorcelante. La menace invisible qu’elle constitue est bien plus prenante que la menace physique qu’est Gabriel. La photographie tournée vers le noir et blanc dans la séquence d’introduction participe à construire une atmosphère désespérée. Elle joue sur l’opposition entre beaucoup de zones d’ombre et la multiplication de lumières blanches, l’effet est en plus appuyé par les vêtements des personnages. Christopher McQuarrie tient à mettre les points sur le i d’entrée de jeu et montre que les enjeux sont plus graves que jamais. Tout le long du film, le danger est réellement immense et il faut remonter à Avengers : Infinity War pour trouver une ambiance apocalyptique similaire. L’intelligence artificielle a rarement été aussi angoissante dans un long-métrage, la difficulté des stratégies pour l’arrêter ne fait qu’accentuer sa dangerosité. La fin du monde semble véritablement proche et les personnages sont prêts à toutes les folies pour l’empêcher, il ressort de tout ceci un ensemble plus que jamais épique.


La partie qui m’a finalement le plus dérangé est tout ce qui se déroule entre les scènes à Londres et la séquence d’exploration, les dialogues se multiplient et font attendre l’action plus qu’autre chose. Nous noterons tout de même la caméra qui suit Tom Cruise sauter d’un avion dans l’eau, le plan rappelle les heures de gloire de Furiosa et impressionne. Après plus d'une heure et demie d'attente et de fan-service qui permet d'éviter la présentation de nouveaux personnages, l'action se lance pour de bon et le film ne nous lâche plus jusqu’au générique de fin. Après des dialogues et la mise en place d'enjeux de plus en plus conséquents, après plus de quatre heures cumulées avec Dead Reckoning, Tom Cruise fait enfin de l'urbex dans le fameux sous-marin. Le virage pris par le précédent opus plus orienté sur l’aventure atteint des sommets dans une séquence d’exploration à faire trembler les claustrophobes. McQuarrie retrouve l’immense générosité de la saga et offre tout ce qu’on méritait. Ethan Hunt plonge dans les profondeurs pour sauver l’humanité du naufrage dans une scène qui respecte tous les attendus du film d’aventure en enchaînant les obstacles qui mettent le protagoniste à rude épreuve. Il prend son temps pour montrer tous les détails de l’exploration. Le décor exigu et rempli d’eau emprisonne Hunt et son retournement en fonction de la chute du sous-marin rebat constamment les cartes. Le climax renoue ensuite avec ce qui fait la force de la saga, plusieurs groupes, plusieurs enjeux, un Tom Cruise en plein délire accroché à un avion et un montage alterné qui lie tout ceci avec un maximum d'intensité. Avoir une star aussi dévouée que Tom Cruise est une bénédiction pour le cinéma à grand spectacle. Son implication permet une mise en scène renversante fondée sur des longs travellings et des caméras accrochées aux avions nous plaçant au cœur de l’action. Le résultat est évidemment hallucinant, le vide réel et non en fonds verts coupe le souffle.


On peut regretter le manque d'interaction entre Ethan et Benji, cela dit je ne vais pas cracher sur la relation entre Ethan et Grace qui les remplace. Ajout majeur de la première partie, le personnage de Hayley Atwell était de prime abord inutile mais elle avait une naïveté qui la rendait attachante et profitait du parcours le plus riche du long-métrage. La classe la comédienne y était pour beaucoup et c’est encore le cas ici, elle rayonne à chaque apparition en plus de trouver un rôle davantage important. J’apprécie que sa relation avec Ethan ne tombe jamais dans la facilité du love interest. Sa candeur ajoute un brin de légèreté au milieu de cette histoire inquiétante d’intelligence artificielle qui prend le contrôle du monde. Il y a évidemment un écho assez appuyé à la situation actuelle dans ce récit construit par la désinformation et l'intelligence artificielle qui prend le contrôle de tout en ayant ses adorateurs. Démêler le vrai du faux a toujours été un point majeur de la saga, ce qui est logique puisque la filmographie de De Palma tourne souvent autour du sujet. Malgré ma réticence à ce type d’intrigue dans un Mission Impossible, je dois dire que l’intelligence artificielle trouve parfaitement sa place dans licence qui nous a depuis toujours manipulé avec les apparences. À l'heure où elle corrompt les différents milieux artistiques, c'est un bonheur de voir Tom Cruise tenter de l'éliminer avec l'art du réel en multipliant les cascades risquées.


J'ai l'impression que ce ne sera pas facile d'être fan de ce Final Reckoning au regard de son accueil en dents de scie mais je mourrai sur ma position. Christopher McQuarrie et Tom Cruise n’évitent pas les maladresses mais leur sincérité transpire dans chaque séquence. Mission Impossible a toujours été une saga faite avec envie et surtout talent, ce grand final ne déroge à mon sens pas à la règle. Si les blockbusters avaient ne serait-ce qu'un quart de sa générosité, le paysage hollywoodien serait bien plus radieux.

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le 21 mai 2025

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BestPanther

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