Je viens de voir "Moi, Daniel Blake", le dernier Ken Loach, honoré par une Palme d'Or au dernier festival de Cannes et conspué quasi unanimement par la critique, et en particulier celle de gauche.. et je me sens particulièrement en colère. Pas (seulement) contre le système destructeur que Loach dénonce vigoureusement dans son film, mais par l'incroyable arrogance dont font preuve la plupart de ses détracteurs. On connaît les arguments contre "Moi, Daniel Blake", ils sont encore plus manichéens et simplistes que les mécanismes actionnés par le vieil extrémiste anglais : quand Loach utilise les armes classiques du cinéma - scénario, interprétation, montage - pour nous parler de l'inhumanité de notre société technocratique qui broie - après les avoir consciencieusement humiliés - les pauvres, les malades, les démunis (et je défie quiconque de me regarder dans les yeux en me disant que ce que "Moi, Daniel Blake" raconte est une fiction...), on lui fait des reproches qu'on ne fait même pas au plus putassier des blockbusters américains prônant la soumission et l'abêtissement ! Oui, le cinéma de Ken Loach est un cinéma militant, et qui plus est, efficace : il suffit de voir la tête des spectateurs qui sortent de la salle. Mais c'est aussi un cinéma profondément humain, qui conte notre désespoir, notre chute, notre fierté et notre colère aussi : Loach permet à chacun de ses personnages d'exister à l'écran avec une générosité précieuse, et je suis prêt à parier que c'est ce souffle d'humanité qui survit à la honte quand tout est perdu qui a convaincu les jurés de Cannes, alors qu'ils avaient devant eux nombre de films "artistiquement" supérieurs. Ils ont su voir combien le cinéma de Loach, ce fameux "cinéma militant de gauche" conspué par les bobos, les hipsters et tous les branchés qui toisent le monde d'en bas du haut de leur vaine arrogance, est important, en 2016 plus que jamais. "Moi, Daniel Blake" n'est pas une leçon de cinéma, mais une nécessaire leçon d'humanité. [Critique écrite en 2016]

EricDebarnot
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2016

Le 31 octobre 2016

194 j'aime

53 commentaires

Moi, Daniel Blake
Sergent_Pepper
4

Les arcanes du film social

Un atelier d’écriture de la salle communale de Newcastle. Table en formica, chaises décaties, des gâteaux secs, une fontaine et des gobelets en plastique. -Bon, on sait tous comment Ken fonctionne,...

Lire la critique

il y a 6 ans

108 j'aime

32

Moi, Daniel Blake
PhyleasFogg
8

Moi, Ken Loach....

Je vous demande pardon d'avoir décroché cette palme d'or qui aurait dû revenir à un véritable Artiste de l' esbroufe et de la pseudo subtilité niaise. Je m'excuse en m'aplatissant de vous avoir...

Lire la critique

il y a 6 ans

74 j'aime

Moi, Daniel Blake
Théloma
8

Un homme de coeur dans un monde de fou

La droiture. Voici le mot - au sens propre comme au sens figuré - qui vient à l'esprit pour qualifier le personnage de Daniel Blake. Car il n'est pas question pour ce menuisier au chômage en lutte...

Lire la critique

il y a 6 ans

68 j'aime

12

Moi, Daniel Blake
EricDebarnot
7

La honte et la colère

Je viens de voir "Moi, Daniel Blake", le dernier Ken Loach, honoré par une Palme d'Or au dernier festival de Cannes et conspué quasi unanimement par la critique, et en particulier celle de gauche....

Lire la critique

il y a 6 ans

194 j'aime

53

1917
EricDebarnot
5
1917

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

Lire la critique

il y a 2 ans

179 j'aime

92

Je veux juste en finir
EricDebarnot
9

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

Lire la critique

il y a 2 ans

162 j'aime

22