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le 27 juin 2011
MON VOISIN TOTORO de Hayao Miyazaki
Totoro débute de la même façon que Chihiro. Un déménagement, un voyage en voiture le long d’une route déserte en direction d’un nouveau lieu de vie. Si je devais, face à un tel évènement, m’identifier à un camp ou à l’autre, je me rapprocherais sans aucun doute bien plus de la mélancolie et de la tristesse de Chihiro que de l’enthousiasme surexcité de Mei et Satsuki. Toujours est-il que Mon voisin Totoro débute par cette chose étrange pour un enfant. Partir. Quitter sa maison pour s’installer dans une autre.
Cependant, à la différence de l’héroïne du Miyazaki de 2001, les deux sœurs accroupies à l’arrière de la camionnette de leur père débarquent en pleine campagne sans la figure féminine de leur cocon familial. Leur mère se trouve à quelques kilomètres de là, dans une chambre d’hôpital. C’est sans doute ce fait qui importe le plus. Selon moi, il est presque à l’origine des découvertes fantastiques que vont effectuer Satsuki et Mei par la suite, dans et non loin de la vieille maison épuisée qui les accueille. Une mère absente physiquement, touchée par la maladie. Un père aimant et affectueux mais, on ne peut le nier, légèrement pris par ses obligations professionnelles. Une maison perdue dans un cadre japonais bucolique peuplé d’arbres et de rizières. Un jardin lumineux et rassurant. La forêt à quelques pas. Tous ces éléments regroupés sont, je pense, les ingrédients qu’il fallait pour déclencher l’épanouissement psychique et sensoriel nécessaire à Mei et sa grande sœur afin de voir leur apparaître les esprits de la nature qui les entoure.
Totoro est une grosse peluche qui, de manière surprenante, ne provoque aucune peur. Un animal difficile à identifier. Mei fait sa rencontre alors qu’elle se promène et joue dans le jardin. Son père travaille à son bureau, Satsuki est à l’école. Mei a quatre ans et gambade seule sur l’herbe. Mon intention n’est aucunement de réduire toute cette sublime histoire à l’imagination féconde d’enfants. Et puis d’ailleurs, je trouve tout aussi fascinante et belle l’interprétation qui veut que Totoro et ses deux petits compagnons apparaissent aux sœurs parce qu’à ce moment précis de leurs existences, leur solitude innocente et leur complicité sont suffisamment exacerbées pour se créer un univers capable de sublimer leur quotidien que celle du concret le plus total, qui ne laisse pas de place à l’éventualité du rêve éveillé et qui explique que Totoro est bel et bien là, plus vrai que vrai.
Ce que je trouve particulièrement beau dans cette œuvre c’est que son histoire est d’une simplicité qui la rend non pas anecdotique mais tout à fait pure et fraîche. Totoro fait le lien entre les sœurs et leurs parents, il est l’ange gardien de cette petite famille qui traverse une période complexe.
Il apparaît aux deux fillettes en même temps à l’arrêt de bus, lorsqu’elles attendent le retour de leur père. Il pleut, un bus est déjà passé sans que l’être espéré n’en descende. Peut-être qu’au fond du fond d’elles, sous de couches d’innocence et d’insouciance, une petite flamme d’appréhension s’est allumée. C’est à ce moment là que Totoro se montre.
Après la dispute entre Satsuki et Mei au sujet de leur mère, c’est pour aller retrouver cette dernière que Mei s’enfuit, un épis de maïs sous le bras, certaine qu’elle trouvera seule le chemin jusqu’à l’hôpital. Après peut-être des heures de recherche paniquée, c’est auprès de son protecteur Totoro que Satsuki vient réclamer une aide vitale pour retrouver sa petite sœur tant aimée.
Mon voisin Totoro est une ode à l’enfance enchantée, aux temps éloignés du bruit des soucis d’adultes. C’est un hymne à la famille qui se suffit à elle-même et à l’amitié qui n’est jamais bien loin. C’est la force des liens fraternels, c’est la puissance du rêve et de la croyance. C’est ne pas craindre ce qu’on ne connaît pas. C’est apprendre à découvrir.
Créée
le 21 mars 2020
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