Voici est un joli drame dénué de tout artifice. On y suit un propriétaire, qui a vécu tout sa vie dans l'oisiveté et la boisson, se retrouvant criblé de dette quand la réforme agraire est mise en place en 1946 (redistribuant les terres au détriment des riches propriétaires donc). Shimizu n'en fait ni une œuvre politique ni un mélodrame mais un sorte de chronique rurale tout en sobriété, une sorte de portrait - littéralement - en creux d'un homme symbolisant la fin d'un époque semi-féodale. Aucun ressentiment chez ce dernier, ni rancune, ni aigreur, mais la compréhension presque existentialiste d'un homme conscient de sa propre vacuité et qui ne désire pas tourner le dos à sa débonnaireté et sa générosité (comme lorsqu'il profite d'un meeting politique pour détourner le programme d'un candidat en le forçant malgré lui à adopter pour un programme progressiste et humaniste). Il se dégage du film une curieuse sérénité, qui n'est jamais mise en avant ou surligné. Elle passe davantage par un dépouillement spirituel qui s'accorde idéalement avec la déchéance de Ohara-san contraint de vendre ses biens ou qui espère se reconvertir dans la manutention (ses couturières défiant la cadence d'un moine scandant ses soutras).
Shimizu fait ainsi preuve d'une sobriété qui n'exclut ni la mélancolie, la tendresse, l'humour ou la chaleur et ce, uniquement, grâce à sa science du cadrage, du découpage et du montage. C'est peut-être d'autant plus réussi que le film prend son temps pour décrire indirectement ses enjeux, ses personnages et leur relation à l'images des rapports avec l'épouse du protagoniste. Ainsi, l'air de rien, la fin touche droit au cœur.