Moon, la face cachée de l'Homme

J’ai vu ce film dans le cadre de mon challenge personnel spécial Sam Rockwell. Acteur que j’ai découvert l’année dernière et que je retrouve toujours avec plus de plaisir et d’intérêt.


A sa sortie, j’avais zappé Moon; en même temps, il n’a jamais été distribué dans les salles françaises et encore moins j’imagine à la Réunion. Pourtant, il a été récompensé par de nombreux prix ( deux Gérardmer et un BAFTA); et connu un succès certain tant auprès du public que de la critique. De mon côté, j’ai eu la chance de le trouver à la médiathèque; et de pouvoir le regarder du début à la fin sans problème vu que le dvd était pratiquement neuf.


Le film date de 2009; cependant, on a l’impression qu’il a été réalisé dans les années 80/90. Son réalisateur Duncan Jones ( fils de David Bowie) semble avoir voulu rendre un hommage au cinéma de science fiction de ces années-là. Et parait-il tout particulièrement à 2001: l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick ainsi qu’à l’ancienne version de Solaris.
Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est un pari risqué quand on voit les moyens mis dans ce genre de films actuellement aussi bien au niveau du cachet des acteurs que des effets spéciaux. C’est aussi sans doute pour cette raison que ce film a été catégorisé film indépendant. Passant pour un OVNI avec ses moyens modestes et dans ses intentions.


Mais, qu’on ne s’y trompe pas le film n’a rien envier aux supers productions hollywoodiennes bien au contraire. Certes, il est dur à démarrer mais original de bien des façons. En outre, il exploite avec une certaine maniabilité et intelligence les codes et clichés de la science-fiction. Un homme seul dans un vaisseau depuis trois ans avec pour seule compagnie un robot. Peu à peu, son esprit dérape enfin est-ce de la folie ou quelque chose de plus insidieux?


Si bien que durant tout le film, on s’attend aux coups classiques sauf qu’ils n’arrivent pas. Peut-être que en ce sens, Moon est plus humaniste que scientifique comme film. En se servant d’un décor lunaire, Duncan Jones place une fois encore l’Homme, l’humanité au cœur de son histoire. La question de l’identité est elle-aussi posée avec son lot de remise en question et de renoncement. La société y est elle-aussi abordée dans son besoin sans cesse d’exploiter, de coloniser et de consommer. A la différence peut-être, que l’homme devient lui-aussi remplaçable, jetable. Même sur la lune, il n’y a pas de petites économies.
Cruelle ironie pour un monde où on craint toujours que l’Homme soit supplanté par une autre espèce. Alors qu’au final, nous nous supprimons admirablement bien entre nous. La présence de Gerty, le robot de Sam sème parfois le doute dans ses intentions ou c’est ce qu’on voudrait croire. Sauf que l’A.I. semble beaucoup plus disposer à aider Sam que ses employeurs. Ce qui m’amène une fois encore à penser que le plus grand prédateur jamais recensé dans l’histoire de notre Terre est l’Homme.


Sam Bell en est la malheureuse victime; porté un Sam Rockwell au sommet de son art comme toujours. J’ai presque envie de qualifier son jeu de schizophrène tant il est tout et son contraire. A l’écran, on ne voit que lui littéralement mais son personnage crève l’écran lui aussi. Il a su incarner un personnage tout en sensibilité; obstiné à se raccrocher aux siens, à ce qu’il est envers et contre tout. Un brillant huis-clos entre lui et lui-même; entre nous et lui. A 384 400 kilomètres de distance magnifié une fois encore par le prodigieux Clint Mansell.


Moon perd néanmoins un peu de sa superbe en cours de route notamment dans son final. Comme souvent, le film ne sait pas s’arrêter au bout moment. Ceci dit, il s’avère que Duncan Jones avait dans le projet d’en faire une suite mais cela n’a pas abouti à cause d’autres engagements. Il est clair cependant qu’il y aurait matière à en dire encore davantage par le biais d’un autre film ou d’une série pourquoi pas.

Missbale974
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le 10 juil. 2016

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