À trois exceptions près, cela fait plus de trente ans que Roland Emmerich nous sert la même soupe de SF surfriquée, arrosée d'une bonne couche de CGI pour faire oublier l'indigence de ses scripts. C'est à peine si l'on comptera trois films réussis (Universal soldier, Stargate, The Patriot) dans sa longue carrière. Après son lamentable Independence Day Resurgence, le plus ricain des cinéastes teutons nous proposait avec Moonfall sa recette habituelle : un mélange de SF simpliste et de film catastrophe. Il y a eu les E.T. belliqueux d’ID4, les cataclysmes de 2012 et le lézard géant de son Godzilla, cette fois c'est la lune qui menace de s'écraser. En plein sur l'Amérique et la gueule de Trump en plus. Du coup un bôgosse et pilote émérite, une patronne et un geek rondouillard à lunettes (tous les clichés sont permis) vont allier leurs compétences pour sauver le monde. Tandis que leurs potes restés sur le plancher des vaches ont fort à faire avec une bande de ploucs congénitaux adeptes de la pétoire (tous les clichés sont... puis merde), notre trio héroïque s'envole pour la lune et découvre que celle-ci n'est pas un astre tellurique mais une megastructure creuse, chapeautée par les premiers astronautes.
De la SF, tout ce qui a de plus crédible donc. Moins sous l'influence d'Arthur C. Clarke que sous celle d'Ed Wood.
Bon, si on veut être indulgent, il suffira de fermer les yeux sur les incohérences, les facilités, les scènes d'action moisies, les CGI souvent dégueux et sur la sempiternelle intelligence artificielle qui veut détruire l'humanité. Le problème, c'est qu'en fermant les yeux sur tout ça, il ne reste plus grand chose à voir en fait, peut être cinq minutes potables sur plus de deux plombes. Même le regretté Donald Sutherland y jouait deux minutes comme une quiche aux lardons, ce qui est quand même un exploit (car aucune quiche aux lardons n'a jamais su jouer L'Arme à l'oeil).
Prévisible, interminable, ennuyeux et moche, Moonfall témoigne, s'il en était encore possible, que même après avoir commis des bouses de l'envergure d'un ID Resurgence, Emmerich est encore capable de creuser encore plus profond sa fosse à purin filmique. Le film résume à lui seul toute la carrière d'un cinéaste qui n'a fait que s'enfoncer dans l'indigence, alignant les fautes de goût et les clichés les plus éculés. Son ambition contrariée sur Resurgence, dont la fin appellait une suite (qui n'a heureusement jamais vu le jour faute de recettes), n'a d'ailleurs pas suffit à le rendre plus humble, ce Moonfall se termine aussi sur une fin ouverte, sonnant par ailleurs comme un véritable foutage de gueule.
Finalement, l’ami Roland se rattrapera avec les gladiateurs de sa série Those about to die. Peut-être le péplum lui va-t-il mieux que la SF...