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le 6 avr. 2014
SuivreJames débande.
Pas évident pour un reliquat de la Guerre Froide , macho et un peu con, de cohabiter avec les étoiles. Le temps qui passe fait des ravages et James Bond est comme nous tous, il ne rajeunit pas. Il a...
Suite au succès intergalactique du premier épisode de Star Wars, Albert R. Broccoli change son fusil d’épaule et, contrairement à ce qui avait été annoncé, met Rien que pour vos yeux en pause au profit de Moonraker : un James Bond dans l’espace.
Que dire, tant ce film est parfois plaisant par certains aspects, mais souvent embarrassant.
Le film démarre plutôt bien. James Bond saute hors d’un avion en marche et se bat dans le vide contre Jean-Pierre Castaldi pour lui prendre son parachute. Et le grand requin mangeur d’hommes marque, pour le plus grand bonheur des spectateurs, son retour. À ce moment-là, on est littéralement tout excités sur nos fauteuils. Ça, c’est bien entendu avant que les scénaristes décident de lui retirer toute l’aura et tout le charisme qu’il avait dans l’épisode précédent.
Pour mettre en scène cet épisode, le producteur fait appel à un habitué de la saga, Lewis Gilbert, déjà aux commandes de On ne vit que deux fois et de L’Espion qui m’aimait. Le réalisateur alterne entre scènes particulièrement réussies et passages beaucoup plus paresseux.
La scène où Corinne Dufour est poursuivie puis tuée par les chiens de Drax est assez glaçante, notamment grâce à la musique de John Barry, de retour devant l’orchestre. On assiste à une exécution froide, totalement animale, où la mise en scène prend vraiment le temps de faire comprendre ce qui va lui arriver, sans fioritures ni effets tape-à-l’œil. La longue course de Corinne à travers la forêt, alors qu’elle comprend progressivement qu’elle ne pourra pas échapper à ses poursuivants, installe une véritable tension. Lorsque les chiens se lancent à sa poursuite, la violence de la scène tranche avec le ton parfois léger du film.
À côté de ça, le réalisateur semble parfois beaucoup moins inspiré. La poursuite à Venise, qui devrait être l’un des grands moments du film (n’est pas Spielberg qui veut) manque cruellement d’énergie. Les décors sont magnifiques et les possibilités offertes par la ville sont nombreuses, mais la mise en scène paraît presque en pilote automatique. On pourrait épiloguer longtemps sur la scène de bagarre sur les cabines du téléphérique à Rio. Superbe idée pour un moment de bravoure, mais exécution ratée. À aucun moment, on ne frissonne pour Bond. Où est cet effet de vertige absolument nécessaire pour ce genre de scène ? On enchaîne donc les péripéties sans retrouver la nervosité nécessaire. Gilbert semble parfois filmer les extravagances du scénario parce qu’il le faut, là où il parvient encore à créer une vraie tension dès que le film revient à quelque chose de plus terre-à-terre.
C’est peut-être l’un des points faibles de la saga : faire appel à des réalisateurs qui semblent parfois spectateurs de leur propre film, posant leur caméra à côté de l’action au lieu de la plonger au cœur.
Mais le pire dans tout ça n’est sans doute pas de filmer l’aventure sans envie, mais peut-être d’y jeter un homme de 51 ans qui essaie de séduire des jeunes femmes de plus de 20 ans ses cadettes. On va dire qu’on est habitué dans un James Bond, mais là, l’âge de Roger Moore commence clairement à se faire ressentir. Il compensait son manque de physique par son charme. Malheureusement, ce dernier commence à s’estomper. Et on n’est pas encore dans les parties les plus gênantes de la saga.
Roger Moore fait ce qu’on lui demande. Au grand dam du spectateur, on ne lui demande pas grand-chose. L’humour devient de plus en plus présent. Chaque affrontement contre Requin devient presque un moment amusant plutôt qu’un beau moment de bravoure. Il est temps pour Roger Moore de ranger le costume. Ce n’est pourtant pas dans les plans des producteurs.
Mais à qui peut-on réellement imputer l’échec qualitatif de ce film ? Sans doute aux producteurs, qui ont voulu surfer sur la vague Star Wars. L’affrontement final au pistolet laser dans l’espace est devenu un moment gênant, mais paradoxalement aussi iconique dans la saga. Pourquoi cette scène ? James Bond, ça a toujours été extravagant, mais terre-à-terre. Mais décider de l’envoyer dans l’espace est la bonne mauvaise idée de la saga. Que peut-on faire après ça ? Courir après le « toujours plus » a pour risque d’essouffler son spectateur.
Les producteurs semblent clairement en panne d’idées et préfèrent jouer la carte de la parodie et multiplier les références pour être sûrs de plaire, comme s’ils n’étaient plus sûrs de leur jouet. Pour eux, c’est une bonne idée d’habiller Roger Moore avec un poncho façon Clint Eastwood. Pour eux, c’est une bonne idée de mettre les cinq notes de Rencontre du troisième type. Les producteurs ne savent plus quoi faire de Bond et on commence à le voir. Et puis pourquoi s’emmerder à faire un scénario ? Autant utiliser la même recette que le précédent en échangeant l’océan par l’espace.
Ce qui est le plus gênant dans ce film n’est sans doute pas cette dernière demi-heure, où le too much côtoie le ridicule. Non. Ce qui est gênant, c’est de faire venir un acteur du niveau de Michael Lonsdale pour lui demander de sous-jouer. Les méchants, dans cet épisode, sont malmenés. Pas par Bond, mais plutôt par les scénaristes. Drax est inexistant. Son personnage est encore plus vide qu’une Bond Girl seulement présente pour assouvir les besoins de Bond. On offre à Requin une rédemption que personne n’avait demandée. Quelle idée de casser un jouet adoré des fans comme ça !
On ne parlera pas des autres jouets de 007, les Bond Girls, car on a l’habitude d’être gêné. On se souvient encore tous de Mary Goodnight. Ici, elles sont autant des personnages fonctionnels pour faire avancer l’intrigue que pour satisfaire la libido de Bond. Holly Goodhead n’est pas la plus ridicule des Bond Girls et s’en sort relativement bien jusqu’à son coït spatial, qui enfonce le clou d’un spectacle navrant.
Ce Moonraker a le mérite de ne laisser aucun spectateur indifférent. Objet culte pour certains, objet ringard pour d’autres. Regardez-le pour vous faire votre propre avis, dans les deux cas, vous ne serez pas déçu. Et heureusement pour Bond : le ridicule ne tue jamais.
Créée
le 13 août 2026
Critique lue 14 fois
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le 6 avr. 2014
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