Je ressors de ce visionnage avec une seule question qui tourne en boucle dans ma tête : mais pourquoi ? Je partais pourtant avec une véritable curiosité et beaucoup de bonne volonté. L'idée de suivre un scientifique brillant devenant littéralement le monstre qu'il essayait de détruire avait absolument tout pour me séduire. Il y avait là une matière incroyable pour livrer une œuvre sombre, tragique, et flirtant allègrement avec l'horreur. Mais à l'arrivée, j'ai eu la douloureuse impression de regarder le premier jet d'un scénario expédié en production avant même d'avoir été terminé. Le rythme est tellement précipité que j'ai eu le sentiment de voir le film cocher frénétiquement les cases de son cahier des charges : la maladie incurable, l'expérience interdite, la découverte des pouvoirs, le méchant qui sert de miroir, et l'inévitable combat final saturé d'effets spéciaux. Tout s'enchaîne, sans âme, et on passe à la suite.
C'est d'ailleurs sur ce scénario d'une paresse folle que l'expérience me perd complètement. L'écriture est si artificielle et prévisible que je n'ai jamais eu le temps ni l'envie de m'investir émotionnellement. Les personnages prennent des décisions purement utilitaires, et le pire affront reste pour moi la dynamique avec Milo. Confronter deux hommes condamnés à qui l'on offre une seconde chance, et les voir emprunter des chemins moralement opposés, était une idée brillante sur le papier. J'aurais adoré être pris aux tripes par une véritable tragédie intime entre eux. Au lieu de ça, la relation m'a paru d'une platitude affligeante, et je me suis surpris à simplement attendre le moment où ils allaient inévitablement se taper dessus dans une bouillie numérique manquant cruellement de lisibilité.
Je refuse pourtant de dire que tout est à jeter, et c'est précisément ce qui me rend fou. Je vois très bien le bon film qui se cache derrière ce gâchis monumental. Jared Leto essaie vraiment de donner de l'épaisseur à son personnage, certaines scènes de découverte de ses pouvoirs fonctionnent très bien, et quelques fulgurances visuelles ou musicales font le travail. Mais ce squelette de bonnes idées ne fait que me rappeler à quel point le potentiel horrifique a été sacrifié. J'aurais signé les yeux fermés pour suivre la lutte psychologique d'un homme face à ses instincts de prédateur, terrifié par sa propre soif de sang. Le film choisit malheureusement la facilité et s'effondre dans la banalité du super-héros générique, plombé par une réalisation étonnamment plate.
Et puis, il faut qu'on parle de ces fameuses scènes post-générique... Je vais essayer de rester poli, mais j'ai rarement vu un bricolage aussi désespéré. C'est comme si le studio me tapait sur l'épaule pour me dire : « T'inquiète, tout ça aura une grande importance plus tard », alors que j'essayais encore de digérer le vide absolu de ce que je venais de regarder. Ces connexions au forceps avec l'univers de Spider-Man écrasent le peu d'identité qu'il restait à l'œuvre. En posant ce douloureux trois sur dix, je sanctionne un film qui me frustre non pas parce qu'il est juste mauvais, mais parce qu'il avait toutes les cartes en main pour être grandiose. J'attendais un récit de vampire tragique et singulier ; on m'a servi un produit formaté incapable d'assumer son propre concept. Pour survivre, ce projet n'avait pas besoin d'une transfusion de sang, mais d'une énorme transfusion de scénario.