Innocence poétique, liberté formelle anachronique, jeu d'acteurs d'une époque qui n'est pas la nôtre( Eustache, Resnais), dialogues existentiels stylisés( qui peuvent agacer par leur trop plein mais ne sont pas surfaits) Morlaix touche par son romantisme non niais, sa ferveur dans l'amour la jeunesse sa folle tristesse sa turbulente passion-trouble. Il ne s'agit que de ça: mourir heureux. Mourir d'aimer. Faire en cela: le saut de l'ange. Voir Morlaix et Mektoub my love tête bêche. Les aimer tout autant par et pour leurs antagonismes est ici précieux.
Samuel Kircher n'a jamais été aussi lumineux et vaste dans un rôle aux antipodes de celui de Danse avec les Renards. L'écouter-voir décrire ce qu'est l'amour avant l'amour est une micro-fiction à elle toute seule. Jaime Rosales fait confiance aux spectateurs d'accepter sa rêverie cinéphilique, son pacte du film dans le film où ses jeunes héros voient leur vie se jouer pendant qu'ils la vivent ou y reviennent par un rétrospectif intrigant et non résolu. Le cinéma, la photographie sont des défuntes amours c'est sûr, le noir et blanc parfois est de mise. Bizarrement il donne de l'élan et du nerf.
Mélanie Thierry ne joue plus. Presque sans maquillage, de plus en plus au faîte d'elle-même, nous la regardons de La femme de à Morlaix en passant par Connemara devenir notre Gena Rowland.
Et puis il y a Hugo, cet enfant génial qui doit devenir quelqu'un car lui il doit avoir l'équilibre. Pour sa tendresse, sa drôlerie, son air à la Jean-Pierre Léaud , sa philosophie de la vie parce que c'est ça la vie, avoir trop de choix et de possibilités. C'est sûr pour Hugo et le bouleversement de la tristesse, il faut passer voir Morlaix.