Toute la filmographie de Jaime Rosales montre un cinéaste épris de liberté narrative, pour le meilleur (La soledad) ou pour le pire (La belle jeunesse), mais peu importe, chacune de ses œuvres témoigne d'une envie de raconter autrement, tout en conservant une empathie réelle pour ses personnages. Ainsi en est-il de Morlaix, une escapade française dans laquelle il ne se renie point et expérimente, une fois encore, dans un film dont les tentatives formelles comptent moins que l'écriture et le rapport à la fiction, à travers des mises en abyme, d'autant plus vertigineuses quand elles se situent en haut du célèbre viaduc de la cité bretonne. Morlaix est un film sur la jeunesse, cérébral et profond, aux longs dialogues peaufinés, dans une veine conceptuelle qui réussit cependant, ce n'est pas le moindre des paradoxes, à toucher de manière sensuelle à la vie et à la mort, au sentiment amoureux et in fine à la mémoire. Le champ des possibles se déploie, oui, ouvert à un âge où il signifie quelque chose, d'autant plus au fin fond d'une cité qui donne sur la mer. Patience, prenons le temps qui nous rattrapera bien vite, semble nous dire Javier Rosales, dans un film qui renvoie à la Nouvelle Vague et surtout à Rohmer, mais qui n'en est que plus personnel. Au passage, il rend ses interprètes lumineux, pas seulement Mélanie Thierry, mais en premier lieu les excellents Aminthe Audiard et Samuel Kircher.