Kenneth Branagh continue son aventure avec Hercule Poirot, et franchement, ça se regarde sans déplaisir. Il y a une belle distribution, un bateau superbe qui devient presque un personnage à part entière, quelques très jolis plans sur le Nil, et cette envie de retrouver le charme des grands films policiers d'autrefois. On sent le soin apporté à la mise en scène et au décor, même si tout n'est pas du même niveau.
Le gros problème du film, ce sont les effets numériques. Les fonds verts, les reconstitutions du Caire, les pyramides Gal Gadot et le champagne... tout ça est d'une laideur assez étonnante. À plusieurs reprises, je suis complètement sorti du film. C'est dommage, parce que Branagh compose parfois de très beaux cadres, mais cette avalanche de décors numériques casse régulièrement l'illusion. J'ai plus l'impression de regarder une carte postale fabriquée en studio qu'un véritable voyage en Égypte.
Je ne suis pas un grand connaisseur des romans d'Agatha Christie, mais j'ai toujours eu le sentiment que leur force venait de la précision de l'écriture, de tous ces petits détails qui prennent leur sens au moment de la révélation. Ici, j'ai trouvé que le récit finissait par accélérer un peu trop vite. L'enquête déroule correctement ses cartes, puis tout s'emballe, comme si le film voulait rejoindre sa conclusion sans prendre le temps de laisser respirer son intrigue.
Et c'est justement cette conclusion qui m'a vraiment fait décrocher. Ce n'est même pas une question de mise en scène. Ce sont surtout les actions des personnages qui ne tiennent plus debout. À ce moment-là, je n'y crois plus une seconde. Toute la tension construite jusque-là s'évapore, simplement parce que ce qui se passe à l'écran ne me paraît plus crédible. C'est vraiment dommage, car cette dernière ligne droite devrait être le point culminant du film.
J'ai aussi trouvé que l'ensemble manquait d'émotion. On suit l'enquête avec curiosité, mais je suis resté assez extérieur aux personnages. Je n'ai jamais ressenti ce petit supplément d'âme qui fait qu'un bon polar continue de trotter dans la tête une fois la séance terminée.
En revanche, Kenneth Branagh est toujours très convaincant en Hercule Poirot. J'aime beaucoup son interprétation, sa manière de parler anglais avec cet accent si particulier et toute la personnalité qu'il apporte au détective. J'ai été un peu moins convaincu par les scènes d'ouverture pendant la Première Guerre mondiale, notamment lorsqu'il s'exprime en français, mais cela reste un détail.
Au bout du compte, Mort sur le Nil est un divertissement élégant, agréable à suivre, mais qui laisse un goût d'inachevé. Entre des effets numériques franchement ratés, une intrigue qui accélère un peu trop vite et un final qui perd toute crédibilité, je suis resté sur ma faim. Ça se regarde volontiers, mais ce n'est clairement pas le genre de film qui me restera longtemps en mémoire.