Paul W.S. Anderson adapte moins un jeu vidéo qu’il ne l’intègre à son univers ludique, et une telle entreprise produit le double effet de dénaturer l’œuvre originale pour mieux la renaturer dans un espace-temps parallèle que gouvernent des lois différentes des nôtres, en deçà du bon sens. Tout cela est grotesque et voulu ainsi – ce qui n’excuse en rien le film d’être ce qu’il est, à savoir un divertissement idiot et brouillon, quoique l’idiotie et les ratures soient une finalité tout aussi louable que l’intelligence quand elles sont exhibées, visibles, parce qu’elles disent l’homme. Nous pourrions convoquer l’esthétique de la copia : le réalisateur et son équipe ne cessent de surenchérir, de repousser les limites du montrable avec des combats parfois impressionnants du point de vue de leur créativité visuelle et de leur mise en scène – l’affrontement sur les plateformes mobiles devant un faux soleil couchant reste en mémoire.
Si Mortal Kombat 1995 est mal aimé par nombre de fans du jeu vidéo entre autres, c’est peut-être parce qu’il regarde son modèle avec une distance critique et amusée : il représente à la fois la bêtise d’un concept fort sommaire et l’imaginaire fécond qu’il sait produire dans l’esprit du joueur. Une hybridation, en somme, qui constitue l’ossature du projet, depuis sa partition musicale notable mêlant percussions traditionnelles et sonorités techno jusqu’au mariage des effets numériques derniers cris (pour l’époque) avec les costumes, les masques et les décors en carton-pâte d’un cinéma circassien des origines.