Notre histoire prend place en 2092. Assis sur un fauteuil d'un blanc immaculé, un vieux clown rabougri, l'œil glauque (bouffé par la cataracte) et le visage si fripé qu'il rendrait un sharpei dépressif, la main tremblante et la voix rauque, se voit harcelé par le cinquième membre du groupe Kiss. Il lui demande de se souvenir, ce qui pose quelques problèmes à notre ancêtre, qui voit défiler 3 vies, 3 films dans son esprit tortueux et torturé.

Il revoit Toto le héros, un drôle de film, magique et onirique, laissant un souvenir impérissable à ceux qui le voit.

Il revoit, dans un autre souvenir, Le huitième jour, un film un peu facile, un peu convenu, mais empreint d'une profonde humanité, d'une profonde sincérité, mieux encore, d'une profonde simplicité, qui en fait un film honorable.

Et puis enfin il revoit Mr Nobody. Le fameux Mr Nobody, qui en effet n'aurait jamais du être quelque chose de connu. Pourquoi ? Tant de raisons, si peu de courage pour les écrire.

Pourquoi faire un choix ? Comment se décider à parler d'une réalisation prétentieuse et mal foutue, qui puent la débauche de fric autant que les égouts refoulent un temps d'orage quand des centaines d'effets spéciaux kitschs viennent remplir un plan sans nul besoin, à moins que ce ne soit pour combler un vide narratif énorme ? Comment parler de cela plutôt que d'un scénario qui se complique pour rien, multipliant les ramifications troubles et, parfois, inutiles (l'histoire de la troisième compagne... utilité, please ?), dont l'idée centrale est intéressante mais bafouée dans une esthétique clipesque et un manque total de clarté, sous prétexte de réflexions pseudos-philosophiques dignes d'Alain Finkielkraut (donc d'aucun intérêt cinématographique si on s'en réfère à Emir Kusturica, lui aussi ancien génie onirique).

A moins qu'il faudrait parler de ces erreurs de casting, non sans blâmer les acteurs qui luttent pour survivre dans une lutte acharnée contre Adobe After Effects mais qui n'ont pas l'étoffe d'un tel film, trop américain pour un européen et trop européen pour un américain (et vice-versa). A moins que l'enfilade de clichés, du plus drôle au plus affligeant (ah les retrouvailles dans une gare, des années après, cheveux au vent, musique au piano derrière, le tout au ralenti... un seau svp !) ne l'emporte.

Le vieux Bastien choisit donc de ne pas parler du film. Il aimerait l'oublier, oublier qu'avec un budget de 35 millions (d'euros, ça fait encore plus d'imaginer ça en francs), l'Europe ne peut offrir que « ça », cette branlette d'une demi-molle, ce champignon hallucinogène couché sur papier, ce private movie qui ne colle pas à l'idée que l'on s'est fait de Jaco Van Dormael. Un film au moins honnête sur un point : son titre, Mr Nobody, tant le film est dépourvu de réelle personnalité – et accessoirement, de réel maîtrise.
Cinemaniaque
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le 25 sept. 2010

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