Il est toujours compliqué d’aborder des classiques aussi renommés et reconnus mais force est de constater que ce film de Frank Capra n’a rien de la pièce de musée poussiéreuse.
Le réalisateur sait, à l’exception d’un coup de mou significatif vers le milieu (tout ce qui est relatif à la love interest dispensable), donner du souffle à son récit ; tel ce montage dynamique et volontairement idéalisé de Washington représentant le point de vue émerveillé et encore innocent du protagoniste.
La grande force de l’œuvre tient à son universalité, son caractère intemporel (les influences sur les longs-métrages ou séries politiques ayant suivis sont énormes ; cf notamment « West Wing » de Aaron Sorkin) et bien sûr à la grande performance de James Stewart.
Ce dernier est parfait, aussi bien dans la 1ère partie avec sa jeunesse/fraicheur (pour qui est plus habitué à avoir vu le comédien dans ses nombreux rôles prestigieux des 50s/60s), son énergie et sa candeur que dans la 2nde moitié du long-métrage où il joue brillamment la désillusion/déception/tristesse face à la découverte de la corruption avant de finalement se révolter (la scène d’obstruction finale avec ce mélange de rage et de fatigue).
Tel Don Quichotte se battant contre les moulins à vent (référence citée dans les dialogues), il est la personnification cinématographique ultime de l’Homme seul face au « système » (représenté ici par un Claude Rains nuancé dans son jeu, presque touchant dans ce rôle d’antagoniste trahissant ses convictions) qui doit défendre ses idéaux coûte que coûte ; soit une grande thématique du cinéma américain dont les héritiers sont une nouvelle fois nombreux (on peut par exemple penser à Michael Mann et en particulier à son « Révélations »).
En ces temps troublés où la politique se transforme en un grotesque théâtre de marionnettes (ou en comédie vaudevillesque), il est salvateur de pouvoir se tourner vers le cinéma de Capra qui, sans tomber dans le piège de naïveté, redonne un peu d’espoir en l’humanité.