Mr Wolff est un film bipolaire. Sorte de pendant argentique de Gone Girl, il partage avec le film de David Fincher un amour pour les cadrages millimétrés ainsi que son acteur principal, Ben Affleck. Dans ses meilleurs moments, le film se laisse aller à cet esthétisme et brode par dessus un thriller sombre et maîtrisé qui arrive à tenir en haleine. Et dans ces moments là, on est conquis. Dommage qu'ils ne constituent pas l'entièreté du film...
Concentrons nous pour commencer sur les points positifs du film, ceux qui m'ont fait sortir de la séance avec le sourire. La réalisation, en premier lieu, qui arrive à nous faire ressentir assez intelligemment l'autisme de son personnage principal. Dans la première partie du film, tous les plans sont symétriques et précis, enfermant littéralement Ben Affleck dans un, ou plutôt des, cadres; nous faisant vivre la précision de sa routine et de son mode de pensée. Puis, à l'arrivée de l'élément perturbateur, ces cadres explosent, illustrant la panique du personnage principal, autiste donc, qui ne supporte pas, comme nous spectateurs, qu'on bouscule les règles établies. On est décontenancés par ce revirement soudain, et il faut admettre que l'effet est très réussi.
Là où Mr Wolff rame plus, par contre, c'est dans son écriture. Si les deux premiers tiers, malgré quelques clichés, s'avèrent efficaces, comme un thriller classique mais rondement mené; la fin du film pêche par excès et force beaucoup trop pour faire rentrer un petit twist final plutôt improbable et que l'on voyait venir à des kilomètres. Et si le message sur l'autisme est dans le fond plutôt bon, le film tente beaucoup trop de rendre son personnage super-héroïque pour que cela soit crédible, bien que Ben Affleck soit plutôt juste dans son interprétation. C'est bien simple, Christian Wolff tient un peu de Daredevil, mais surtout de Batman (deux personnages que Ben Affleck a d'ailleurs interprétés). Plus j'y pense, et plus j'arrive à trouver de parallèles entre le Chevalier Noir et le héros de ce film.
parent décédé "par sa faute" ? check
un flic qui fait semblant de le pourchasser mais travaille pour lui ? check
un héros qui donne tout son fric pour sauver des gens comme lui ? check
un compagnon qui sait ce qu'il fait et qui l'aide tout en prenant soin de lui ? check
Rien que pour ce jeu des 7 différences, je vous conseille de voir le film.
Et le pire, c'est que cette orientation aurait pu marcher, si le personnage principal était mieux écrit ! Mais on ne peut pas se sentir complètement investis pour un personnage qui tue tant de gens de sang froid sans au moins une forte motivation de "faire le bien". C'est dommage, car si le concept était un peu plus assumé, Mr Wolff aurait pu avoir un fort potentiel de franchise (bien plus, ironiquement, que Batman V Superman). En l'état, on se retrouve face à un film assez malin, loin d'être désagréable, mais qui ne pousse certainement pas à un revisionnage.