Muriel
6.8
Muriel

Film de P.J. Hogan (1994)

Muriel Heslop est une jeune australienne vivant dans la station balnéaire de Porpoise Spit.C'est une créature assez pathétique qui cumule les tares.Grosse,moche,stupide,sans emploi,voleuse et mythomane,c'est en outre une ringarde totale fascinée par le mariage et le groupe ABBA.Il faut dire que sa famille est très dysfonctionnelle,avec un père politicien local en vue qui est autoritaire et rabaisse constamment sa pauvre femme dépressive et ses enfants gras et mous.Après moult conneries,Muriel veut rompre avec ce milieu et s'enfuit pour Sydney,où elle retrouve Rhonda,sa seule amie sincère.Elle se fait appeler Mariel et croit devenir quelqu'un d'autre alors qu'elle continue à mentir à tout le monde et à rêver d'un beau mariage.En 94,le réalisateur-scénariste australien inconnu P.J. Hogan fracassait le box-office avec son troisième long-métrage,un OVNI sorti de nulle part.La période était féconde pour lui puisqu'il fera trois ans plus tard son autre grand film,"Le mariage de mon meilleur ami",autre film de mariage et autre triomphe,avant de sombrer corps et bien dans l'anonymat hollywoodien avec des oeuvres rares et médiocres,il en est actuellement à huit films en une trentaine d'années.C'est produit par Jocelyn Moorhouse,épouse du cinéaste à l'époque et elle-même réalisatrice qui se fit essentiellement remarquer avec son "Proof" sorti en 91.Il y a un tenace malentendu concernant "Muriel",présenté généralement comme une comédie alors qu'il s'agit d'une pure tragédie d'une cruauté et d'une amertume abominables.Il ne s'agit pas non plus comme on l'a dit d'une critique de la société australienne d'alors,car le contexte de l'histoire ne diffère en rien de celui des autres pays occidentaux.On touche là plus à l'humain en ce qu'il a d'universel et d'intemporel.Muriel est le prototype de la pauvre fille paumée et complexée qui cherche désespérément à exister et à trouver un sens à sa vie.Il y a peu de "bons personnages" ici,tous,à commencer par l'héroïne,se comportant de manière lamentable,mais c'est surtout dû à l'imbécilité générale,et tous vont prendre cher au fil d'un récit implacable qui les lamine inexorablement.Certes,il y a beaucoup de moments très drôles,mais ça relève plutôt d'un humour noir toujours sur le point de virer à l'aigre,comme cette scène burlesque où deux types qui partouzaient avec Rhonda entendent Muriel crier dans la pièce d'à-côté et surgissent pour l'aider alors qu'elle n'était victime que de la maladresse comique de son petit ami.Puis Rhonda arrive et s'effondre brusquement en déclarant qu'elle ne sent plus ses jambes,faisant en un clin d'oeil virer au drame cette scène cocasse.Le fond du propos est d'une grande tristesse avec une protagoniste principale se débattant stérilement et poursuivant ses obsessions débiles sans voir ce qui se passe réellement autour d'elle,ni le mépris qu'ont pour elle ses "amies",une bande de pétasses qui la rejettent et la voient comme un boulet,ni l'amour que lui porte ce jeune garçon empoté,ni la mascarade qu'est ce mariage qu'elle finira par obtenir,ni surtout la détresse de sa mère,une malheureuse femme grossie et défraîchie,humiliée et bafouée par un mari infidèle et égocentrique,ignorée par ses enfants ingrats et ratés.La scène de la sortie de l'église,quand une Muriel fière et ivre de joie passe au bras de son mari sans même voir la pauvre femme est sans doute la plus poignante du film.Les catastrophes s'accumulent tout au long de ce chemin de vie qui verra l'héroïne trouver la lumière,mais à quel prix et après combien de vicissitudes.Un père ruiné et poursuivi en Justice,une meilleure amie paralysée,une mère suicidée,un mari qui ne l'a épousée que pour obtenir la nationalité australienne,l'existence dans tout ce qu'elle a d'absurde et de misérable.La leçon est rude et administrée au son des airs joyeux des chansons d'ABBA qui induisent un contrepoint à tout ce malheur accumulé.Toni Collette était une illustre inconnue qui tournait là son second film,pour lequel elle a pris plus de quinze kilos en sept semaines,car on a pu constater lors de la suite de sa carrière qu'elle est en réalité une très jolie femme.Elle démontre dès ces débuts ses capacités d'actrice et étale son génie en faisant corps avec un personnage complexe dont elle maîtrise tous les changements de tons.Bill Hunter,vétéran notoire du cinéma australien,est brillant en père et mari indigne imbu de sa personne et obsédé par sa carrière politique et les magouilles qui vont avec.La solaire Rachel Griffiths crève l'écran en amie cash et vraie qui va devoir supporter une situation accablante totalement inattendue.Jeanie Drynan est extrêmement émouvante en victime expiatoire d'un contexte qui la condamne injustement.Daniel Wyllie fait vaguement pitié en fils feignasse éternellement vautré dans son fauteuil et l'obèse Gaby Millgate fend le coeur en fille à l'ouest.Le beau gosse Daniel Lapaine est impressionnant pour sa première apparition au ciné en nageur sud-africain de haut niveau désirant plus que tout devenir australien pour pouvoir participer aux Jeux Olympiques.Il est hilarant lors des scènes de rencontre avec sa future épouse,dont il ne partage guère l'enthousiasme.Il faut voir son air effaré et inquiet face aux oeillades gourmandes de sa peu appétissante promise,quand il dit à son entraîneur-entremetteur "et si on revoyait la blonde?"_"Mais elle te plaisait pas!"_"Je suis plus très sûr".Note et critique de film de P.J. Hogan publiées précédemment:"Confessions d'une accro du shopping"-2.Moyenne:5.

pierrick_D_
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le 6 janv. 2026

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