Chaque film d’Alain Resnais nous entraîne dans une réflexion sur le cinéma. Sur une toile de fond historique et philosophique, il plaque des personnages en contradiction avec eux-mêmes et leur entourage de surcroît. Au niveau du langage cinématographique, il explore différentes techniques de déconstruction de la linéarité de l’histoire. Ici on a droit surtout à une succession de séquences et de plans présentés dans une syntaxe qui met constamment le public en mode de déchiffrage. À partir de quelques traits psychologiques et bribes d’intentions on essaie de suivre l’évolution des personnages. Le rôle du spectateur s’en voit changé. Au lieu d’être assis passivement pour recevoir une histoire qui va l’émouvoir, le divertir et le faire réfléchir, il regarde le film avec un œil analytique constant dans le but de mettre les morceaux ensemble afin de se donner l’impression de suivre l’action. Dans Muriel ou le temps d’un retour, les protagonistes semblent tituber douloureusement entre le présent et leur passé, en quête des racines de leur mal-être. On veut bien prendre plaisir à les accompagnés, les comprendre, avoir de la compassion, mais quand le réalisateur pousse un peu trop sur la pédale formelle, il perd son spectateur et on vient qu’à se foutre totalement du destin de ses personnages. Ça n’empêche pas mon admiration pour l’œuvre d’Alain Resnais dans son ensemble surtout lorsque la poésie est au rendez-vous comme dans Hiroshima mon amour. Une étoile à Delphine Seyrig dont le jeu s’harmonise parfaitement avec l’univers de l’auteur.