Avant de voir ce film, j'espérais que je l'adorerais, avoir un de ses films préférés qui dure 5H30, ce serait "classe" comme dirait Perceval. Mais bon, je ne vais pas faire comme tous ces gens malhonnêtes qui veulent se sentir puristes en ayant ce film un peu mystique comme film préféré. Au moment où j'écris cette critique, j'ai pu voir 37 autres avis sur senscritique et ils sont tous de 7 minimum à l'exception d'un seul de 5 mais qui ne développe aucun point négatif, on dirait presque que le 5 est une sorte de note neutre.
Je ne vais pas dire que ce film est un gros navet car ce n'est franchement pas le cas, néanmoins, il est très loin d'être un film sans défauts.
Dans les 30 premières minutes de film, on y suit une partie de l'enfance de notre petit Napoléon, nous sommes d'emblée immergé dans une bataille de boule de neige assez intense, et qui n'est pas dépourvu de coups bas, tel que des lancés de cailloux ensevelis de neige. Se dégage alors un antagoniste vraiment marquant, le petit Philippeaux qui est absolument détestable. Après la triomphante victoire du petit Napoléon dans cette bataille de boule de neige, Philippeaux va délibérément faire s'envoler l'aigle de Bonaparte, le petit Corse va alors riposter en démarrant une bataille générale dans le dortoir, la bataille des polochons qui il faut le dire est bien réussie tant la colère de Bonaparte se ressent. De cette bataille s'en suivra le retour de l'aigle qui est bien sur très symbolique lorsqu'on connaît l'avenir du jeune homme. Il faut avouer que ces 30 premières minutes sont vraiment efficaces, le jeune Napoléon dégage un charisme exceptionnel, et vraiment on ne s'ennuie pas... pour le moment.
Pour être tout à fait franc, je crois que les 30 premières minutes sont les meilleures de ce film tant la suite va paraître longue. On arrive directement à la révolution dans laquelle on nous introduit beaucoup de figures marquantes, Desmoulins, Marat, Danton, l'incroyable Saint-Just et un Robespierre vraiment charismatique. On retrouve alors un Napoléon plus âgé, avec donc l'acteur qui l'incarnera durant le reste du film, Albert Dieudonné. Je préfère être cache, j'ai trouvé ce choix de casting très mauvais. En effet, contrairement à l'acteur enfant, Dieudonné manque cruellement de charisme, il a de grosses cernes assez repoussantes, il est plutôt moche à tel point qu'il semble invraisemblable que Joséphine le trouve "charmant". Les seules scènes où Napoléon a du charisme sont celles sur des plans larges, de dos, ou encore lorsque l'on voit uniquement son ombre, beaucoup de plans très bien soignées par ailleurs. Ce n'est pas la première fois que je trouve un acteur trop peu charismatique par rapport à ce que son personnage devrait être, je pense notamment à Paul Mescal dans Gladiator 2, sauf qu'ici on ne voit pas le personnage 2 heures, mais bien 5. Après je me dois tout de même de dire que l'acteur pouvait proposer une interprétation plus juste lorsqu'il élabore des plans ou réfléchit par exemple.
Ce manque de charisme est un problèmes qui est selon moi exacerbé par autre chose, à savoir l'intention d'Abel Gance qui est simplement de proposer un portrait épic, héroïque et victorieux du Corse, je trouve déjà que cette direction du simple éloge n'est pas la plus pertinente thématiquement, d'autant plus qu'elle ne fonctionne pas pour une grande partie du film notamment à cause du choix de prendre Dieudonné.
A ce stade, ma critique manque tout de même d'un point fondamental, à savoir la mise en scène et la réalisation. En effet, le film est fourni de différents effets visuels tout le long du film, on a tout d'abord les différents filtres qui viennent se poser sur la caméra en fonction du contexte, jaune pour le jour, bleu pour la nuit, rouge pour la guerre, violet pour la sensualité même si parfois ce n'est pas exactement ça bien entendu. Il faut dire que certaines scènes sont visuellement vraiment réussies grâce à ses filtres, j'apprécie tout particulièrement le filtre rouge de la guerre sur certains plans avec Napoléon.
Ensuite, une autre chose que le film répète, ce sont les effets de superposition et de défilement rapide des images, je trouve que cet effet est un peu trop utilisé et ne fonctionne pas toujours. Néanmoins dans les moments où Napoléon réfléchit à des tactiques c'est vraiment convainquant d'autant plus lorsque c'est accompagné des belles symphonies de Mozart. Lorsque Napoléon montre sur l'estrade du congrès de Paris et qu'il aperçoit tous les morts de la Révolution sous forme fantomatique, il faut dire que ça fonctionne très bien, bien que je sois en désaccord complet avec le fait que tous ces révolutionnaires auraient pu voir en Napoléon l'espoir survivant de la Révolution, mais bon on peut aussi se dire que cela se passe simplement dans sa tête, même si c'est aussi probablement dans celle d'Abel Gance. Dans les 30 dernières minutes du film, Abel Gance va nous présenter une de ses trouvailles de mise en scène, je crois qu'il appelle cela la "polyvision", un écran en bande horizontale séparé en 3 carrés, le tout pour pouvoir nous montrer plusieurs perspectives d'une seule et même chose, mais également pour donner plus de reliefs aux plans larges, je dois dire que l'idée est assez sympa sur le papier mais assez mal utilisée à mon gout. En effet, le choix de simplement utiliser ce mécanisme pour les 30 dernières minutes me paraît assez douteux, ça donne presque l'impression qu'Abel Gance a découvert cet effet à ce moment là du tournages et qu'il a voulu en abuser à la fin, comme un vieux qui découvre un nouveau filtre sur son téléphone et qui appelle tout le monde avec. A vrai dire, je pense qu'il aurait été intéressant d'inclure cette polyvision à certains moments du film comme des batailles ou encore pendant des débat de la Révolution, ça aurait vraiment pu être pertinent, mais mettre cet effet simplement sur les 30 dernières minutes lui fait perdre en intérêt car tout ce qui est montré à la fin n'est que de la simple exposition pseudo-épic et ne fait pas avancer l'histoire.
J'ai donc trouvé que ce film n'est pas aussi grandiose qu'on veut nous le faire croire, malgré des idées novatrices de mise en scène, elles ne sont pas toujours utilisés judicieusement. Beaucoup de passages du films sont vraiment oubliables et ennuyant, je pense notamment à une scène où Napoléon joue à Cola Maya avec ses beaux-enfants par exemple. De plus, comme j'ai déjà pu le dire, l'aspect épic du film est vraiment atténué par un acteur principal trop peu charismatique à mon gout, et de manière générale, le choix de simplement faire un éloge et une héroïsation d'un personnage aussi complexe que Napoléon est assez douteux, tant il aurait été intéressant de traiter certaines de ses facettes plus sombres. Mais bon ce film a été réalisé par un bandeur de Napoléon pour d'autres bandeurs de Napoléon donc j'imagine que je ne suis pas le public cible, d'autant plus que ce genre d'oeuvre démontre à quel point Napoléon pouvait encore faire l'unanimité il y a 100 ans (même si j'imagine bien qu'il pouvait déjà être davantage contesté).