Le film suit la vie d'une famille modeste, basée dans le sud de Londres, où le père fait régner la terreur sur sa femme et ses enfants, avec une violence morale et physique. Pour fuir cette réalité, le fils ainé va plonger dans la drogue.
On connait bien entendu l'excellent acteur qu'est Gary Oldman, mais il a également réalisé ce qui sera sans nul doute son seul film, directement tiré de ses souvenirs, et de ses rapports conflictuels avec son père. Je ne sais pas à quel point c'est fidèle à la réalité, mais Ray Winstone joue un mec proprement terrifiant. Il porte sur lui les stigmates d'un passé très difficile, c'est comme par rebond qu'il recopie un schéma familial, où il passe pour un connard, à tabasser son fils jusqu'à lui péter le nez parce qu'il lui a piqué de la drogue et ou, scène vraiment horrible, quand il va frapper au sol sa femme enceinte qu'il soupçonne de le tromper juste parce qu'elle a discuté avec un type au pub du coin. D'ailleurs, ce moment sera si violent que cette femme, jouée par la formidable Kathy Burke (prix d'interprétation à Cannes à la clé), sera contrainte d'avorter le visage tuméfié.
On sent que Gary Oldman n'a pas pris de gants pour parler de cette famille dysfonctionnelle, avec ce fils joué par Charlie Creed-Miles qui va plonger dans le trafic de drogue (est-ce un avatar du réalisateur ?), comme si le mal qui ronge cette famille était contagieux, jusqu'à un final tout simplement magnifique, où le personnage de Kathy Burke retrouve une dignité, et de faire face avec les mots face à son monstre de mari. Pour l'anecdote, la mère de cette dernière est jouée par Laila Morse, qui est la véritable soeur de Gary Oldman, et Ne pas avaler explose les limites de la grossièreté, au point qu'on peut entendre littéralement des centaines de fois les mots fuck et cunt. C'est filmé de manière assez crasse, à l'image des quartiers délabrés de cette partie de Londres, et c'est clairement en raccord avec l'âme tourmentée de ce mec, une ordure totale, qui passe son temps à picoler avec potes, mais qui cache une grande souffrance intérieure qu'il reproduit à sa façon.
A noter que le film est coproduit par un certain Luc Besson, comme une manière de remercier Gary Oldman après ses rôles dans Léon et Le cinquième élément, et que ce dernier a reversé la totalité de son cachet dans la production de Ne pas avaler, ce qu'il prouve qu'il tenait à ce projet, sans doute unique dans sa carrière. S'il vaut mieux avoir le cœur bien accroché devant tant de violence, paradoxalement, à l'image du carton final où le réalisateur dédie le film à son père, j'y vois une forme déréglée d'amour, quelque chose de très fort.