Ce documentaire de 50 mn ne porte pas tant sur la carrière musicale de Neil, même si elle est évoquée bien sûr, que sur ses engagements, voire ses combats, en faveur de l'écologie, de la défense des peuples amérindiens ou de la défense des libertés fondamentales. Un chanteur souvent en colère mais qui s'est investi en faveur des causes qu'il défendait, les fermiers par exemple, s'en prenant aux grandes firmes qui leur imposent les semences qu'ils doivent cultiver. Ce qui a donné l'album "Monsanto Years" en 2015. Dès 1985, il a fait partie des 1ers artistes à participer au Farm Aid organisé par Willie Nelson. S'en prenant à l'industrie pétrochimique et aux dégâts qu'elle cause sur l'environnement, il s'est mis en accord avec ses valeurs en transformant sa vieille Lincoln Continental 1959 à la ligne magnifique en voiture électrique! Il reste un farouche partisan du progrès et des dernières technologies: en 1982 son album très controversé et mal compris, "Trans", le voyait s'intéresser à la musique électronique avec sa voix modifiée par un vocoder. Il s'agissait par là de trouver un moyen de communiquer avec son fils lourdement handicapé. Il continue de défendre la liberté d'expression, s'en prenant à Donald Trump qui, lors de sa campagne électorale de 2016, avait utilisé pour ses meetings sans son accord sa chanson "Rockin' in a free world". Ce qui l'a aussi poussé à obtenir en 2020 la double nationalité canadienne et américaine, pouvant ainsi voter aux Etats-Unis. Il se dit avec humour "Canaméricain".
Et en 2025, il s'en est à nouveau pris frontalement à l'actuel locataire de la Maison Blanche qui avait fustigé les propos de Bruce Springsteen à son encontre. Un homme d'engagement mais qui est aussi plein de contradictions, ce documentaire étant loin de n'être qu'hagiographique. En 1979, alors que la catastrophe nucléaire de Three Mile Island venait d'avoir lieu, et qu'un immense concert contre le nucléaire était organisé au Madison Square Garden (No Nukes) avec Springsteen, Jackson Browne, Crosby, Stills et Nash (entre autres), on le voit défendre l'énergie nucléaire face à un journaliste. Alors que Reagan venait de devenir président (pas franchement le plus progressiste serait-on tenté de dire!), il a défendu sa politique militaire...Après les attentats de 2001 qui ont traumatisé le pays, il décide de faire confiance à George W. Bush lors des interventions militaires en Afghanistan puis en Irak. Avant d'en comprendre les conséquences dramatiques et de se raviser, en particulier grâce à l'album "Living with war" en 2006. Lors de la dernière tournée de CSN & Y qui a suivi la sortie de cet album, le quatuor terminait par une chanson de Neil extraite de "Living with war", "Let's impeach the President" et on voit les réactions extrêmement violentes d'une partie du public qui n'a pas accepté cette prise de position claire. Même s'il s'est parfois trompé, Neil a eu le courage de reconnaître quand il s'était fourvoyé. Un grand artiste, loin du star system, sincère et obstiné, qui a offert à paris un dernier concert de sa tournée européenne absolument superbe. A presque 80 ans, ça n'est pas si mal 😉.