1981, ou l'époque où John Carpenter était un réalisateur prometteur pour Hollywood ! Le succès commercial démentiel de "Halloween" l'avait fait repérer. Celui très significatif de "Escape from New York" le placera parmi les réalisateurs courtisés... avant que le cuisant échec critique et public du chef d'oeuvre "The Thing" ne torpille sa carrière mainstream.
Pourtant, "Escape from New York" était déjà une oeuvre rebelle et cynique, à l'image du réalisateur. Carpenter imagine une dystopie où la criminalité est devenue tellement incontrôlable que New York est transformé en prison géante et délabrée, coupée du monde. Un pitch qui peut paraître farfelu aujourd'hui, mais il faut se rappeler qu'en 1981 la ville était un véritable coupe-gorge.
Air Force One est détourné par des terroristes, le président des USA se retrouve aux mains des bagnards. Un criminel endurci, ex-soldat, a moins de 24 heures pour infiltrer New York et sauver le président... Un point de départ de film d'action... ce que "Escape from New York" n'est pas vraiment.
On sent le budget limité. A travers par exemple des séquences montrées via des écrans d'ordinateur pour éviter de les filmer en live. Ou l'utilisation de décors délabrés... de la ville de St-Louis ! Il faut dire, le budget n'était que de 6 millions de dollars, 4 ou 5 fois moins que les grosses productions de SF de l'époque.
Néanmoins, John Carpenter est très fort sur l'ambiance. Sa musique électro lancinante, l'aspect facho-futuriste des policiers qui gardent la prison. Et évidemment les rues de New York transformées en terrain apocalyptique, avec voitures bricolées, fous errants, et autres barbares du futur. Le tout filmé souvent en obscurité, avec des lumières et des mouvements de caméra malin.
"Escape from New York", c'est aussi son protagoniste, l'anti-héros nihiliste et badass Snake Plissken, alter ego de John Carpenter. Campé par un Kurt Russel en extase de pouvoir jouer un personnage à des années-lumières de ses films Disney.
Face à lui, de nombreuses gueules. Ernest Borgnine en chauffeur de taxi affable. Lee Van Cleef en commissaire impitoyable. Donald Pleasence en président tantôt pathétique, tantôt psychotique (un portait très éloigné des canons politiques de l'époque, qui tendait à montrer le président noble et apaisant !). Harry Dean Stanton en combinard irritant. Ou Adrienne "Madame Carpenter" Barbeau, que l'on a du mal à regarder dans les yeux...
"Escape from New York" est donc une oeuvre inventive et personnelle, qui aura une influence énorme. Paradoxalement, c'est l'un des rares films de Carpenter à n'avoir pas (encore) eu le droit à un remake (sauf s'il on compte sa suite moins heureuse). Mais le personnage de Snake Plissken, et le concept du film, seront régulièrement repompés ailleurs.
De même que l'ambiance délabrée qui permet de faire de la SF à bas coût, sera largement reprise ailleurs, conjointement avec celle de "Mad Max 2" (oui messieurs les Italiens c'est de vous que je parle !).