Drôle de film que ce New York, deux heures du matin qui est, à l’évidence, un film de transition dans la filmographie d’Abel Ferrara. Après deux films underground, le réalisateur dispose d’un budget plus conséquent pour accoucher d’un projet plus ambitieux. Avec un casting de qualité (notamment l’excellent Tom Berenger des années 80), il reste cependant fidèle à son équipe, Nicholas St. John restant le scénariste de cette histoire. Au cœur de celle-ci, on retrouve les thèmes de prédilection du duo : sexe, drogue, culpabilité, rédemption, religion et violence sont ainsi au programme. Mais la violence est, annonçons-le d’emblée, globalement feutrée dans ce film. La classification en moins de 16 ans du film tient davantage à son défilée de strip-teaseuses qu’à sa violence. L’assassin est plus un amateur de films ninja que de giallo. C’est bien dommage car un tueur au rasoir aurait mieux fait l’affaire.
C’est la première déception de ce thriller qui ne va pas au bout de son atmosphère. New York, la nuit, ses boites de strip-teases, ses vieux propriétaires, ses cabossés de la vie et, donc, son tueur mystérieux qui ne tient pas la distance. On ne saura jamais quelles sont ses motivations, ses traumatismes et les raisons de sa fascination pour les arts martiaux. La faiblesse du film est d’ailleurs de ne s’intéresser qu’aux traumatismes de son personnage principal pour ne raconter que sa drôle de rédemption dans un gun-fight un peu too much. On aurait aimé que le réalisateur s’intéresse davantage à son mystérieux tueur en série ou à son duo de flics. On aurait aussi aimé qu’une enquête plus approfondie soit mise en scène. Malheureusement, tout ce volet est complètement mis de côté.
On comprend bien que l’histoire que veut raconter Abel Ferrara est surtout celle de Tom Berenger mais le film aurait gagné en intensité ou en profondeur en s’attachant à tous les personnages. On apprécie, à ce titre, le traitement de celui de Mélanie Griffith qui a l’intelligence de ne pas se contenter d’être celui d’une simple potiche. Mais le résultat n’a ni la profondeur des films d’Abel Ferrara à venir ni le caractère subversif de ses deux premiers films. C’est donc un film de transition, qui n’ose plus aller aussi loin dans le glauque mais dont le fond n’est pas encore assez profond. C’est un thriller correct grâce à une belle ambiance et une capacité à croquer des atmosphères nocturnes mais le bilan reste cependant trop mitigé pour emporter une totale adhésion.