Mais laissez-moi donc réaliser ma Kung-Fu Comédie !!

La question qui s’impose à la fin de Fear City est la suivante : comment Ferrara peut-il à ce point manquer le dernier acte de son film ? Comment en est-il arrivé à s’embarquer dans un final autant en décalage avec ce qui a précédé ? Des questions légitimes tant le dernier quart d’heure de Fear city fait l’effet du caprice d'un gosse qui n’a pas eu la permission de faire le film qu’il souhaitait. Pour conclure sa descente aux enfers dans le milieu du dépoilage classe en plein New York, Ferrara se la joue Karaté Kid du pauvre et sort de sa manche deux séquences d’entraînement complètement surréalistes avant de se laisser définitivement envoûter par les vapeurs du mauvais gout en concluant les hostilités avec un duel final à faire rougir les plus soporifiques épisodes de DBZ.

Dans le coin bleu, un boxeur traumatisé en quête de rédemption, dans le coin rouge un ascète rompu au karaté dont le passe temps est de cisailler des jolies stripteaseuses au moment où elles rentrent chez elles, après leurs éprouvantes performances nocturnes. La rencontre des deux artistes martiaux est on ne peut plus électrique et départagé par un flic qui, après avoir joué au berger allemand taciturne pendant 1h30, retourne enfin sa veste en déclarant son amour à sa tête de turc. Je ne connaissais pas à Ferrara ce talent de finisher, on reste KO dans son canapé devant une audace aussi folle et un tel sérieux dans l’absurde.

Et pourtant jusqu’à cette orientation de type tournoi ahurissante, Fear city fonctionne plutôt bien et sans être fantastique, captive l’attention. Tom Berenger y impose son charisme, parvient à rendre son personnage sympathique et permet à Ferrara de brosser le portrait peu glorieux d’un New York nocturne qui ne manque pas d’intérêt, ni de jolies filles peu vêtues. Mais déjà dans cette partie du film, se posait le problème d’un point de vue inexistant. Comme si Ferrara souhaitait filmer New York, ses clubs de striptease et les bonhommes badass qui y évoluent, sans vraiment savoir qu’en faire. Sa seule tentative étant d’y placer un personnage marqué par la vie en recherche d’un peu de soleil, en espérant qu’il pourra meubler suffisamment. Mais hélas, Tom a beau avoir les épaules bien carrées, il ne peut sauver le navire du naufrage lorsque l’intempérie se fait trop insistante.

Dommage, l’ambiance typique 80’s était bien là, dès les premières typographies rouges sanguines, l’envie de se plonger à corps perdu dans la bande son flatteuse de Fear City se fait féroce. L’intention est présente, mais tout est trop foutraque et il manque véritablement d’un ciment de cohérence entre tous les éléments disparates dont Ferrara compose sa balade nocturne. A aucun moment le cinéaste ne parvient à tirer parti du matériau qu’il a à sa disposition, et s’enferme dans une histoire qui aurait pu être intéressante si elle avait été exploitée à la manière d’un giallo, avec un peu de détachement, mais qui pour le coup est traitée tellement au premier degré qu'elle n'inspire que de l'ennui.
oso
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste L'ours, Homo Video, en 2014

Créée

le 3 déc. 2014

Critique lue 913 fois

oso

Écrit par

Critique lue 913 fois

10
2

D'autres avis sur New York, 2 heures du matin

New York, 2 heures du matin

New York, 2 heures du matin

7

SanFelice

1408 critiques

Nobody's clean

Matteo Rossi (Tom Berenger) est un ancien boxeur qui a quitté la compétition après un match qui a mal tourné. Maintenant, il dirige une agence qui place des strip-teaseuses dans différentes boîtes de...

le 19 févr. 2013

New York, 2 heures du matin

New York, 2 heures du matin

5

oso

906 critiques

Mais laissez-moi donc réaliser ma Kung-Fu Comédie !!

La question qui s’impose à la fin de Fear City est la suivante : comment Ferrara peut-il à ce point manquer le dernier acte de son film ? Comment en est-il arrivé à s’embarquer dans un final autant...

le 3 déc. 2014

New York, 2 heures du matin

New York, 2 heures du matin

7

Boubakar

6760 critiques

Ne laisse pas trainer ta strip-teaseuse.

Dans un New-York mal famé, un tueur s'en prend à des strip-teaseuses, menaçant le business de deux mecs, dont un ancien boxeur tourmenté par la mort qu'il a donné sur le ring, dont le travail est de...

le 5 janv. 2020

Du même critique

La Mule

La Mule

5

oso

906 critiques

Le prix du temps

J’avais pourtant envie de la caresser dans le sens du poil cette mule prometteuse, dernier destrier en date du blondinet virtuose de la gâchette qui a su, au fil de sa carrière, prouver qu’il était...

le 26 janv. 2019

Under the Skin

Under the Skin

5

oso

906 critiques

RENDEZ-MOI NATASHA !

Tour à tour hypnotique et laborieux, Under the skin est un film qui exige de son spectateur un abandon total, un laisser-aller à l’expérience qui implique de ne pas perdre son temps à chercher...

le 7 déc. 2014

Dersou Ouzala

Dersou Ouzala

9

oso

906 critiques

Un coeur de tigre pour une âme vagabonde

Exploiter l’adversité réservée par dame nature aux intrépides aventuriers qui pensent amadouer la rudesse de contrées qui leur sont inhospitalières, pour illustrer l’attachement réciproque qui se...

le 14 déc. 2014