Il est curieux de lire les critiques de Night Fishing attribuant tout le mérite au plus connu des frères Park, le nommé Park Chan-Wook (Old Boy, Mademoiselle, …). Or, il s’agit, clairement, ici, d'un film expérimental dans la filiation de son cadet, l’artiste Park Chan-Kyong.
Il suffit de regarder leur excellent documentaire Bitter, Sweet, Seoul ou encore les oeuvres plastiques de Park Chan-Kyong (mêlant le traditionalisme coréen à une certaine pop culture américaine) pour en reconnaître sa patte et ses aspirations.
Porteur d’une maîtrise de l’Institute of Arts de Californie et fasciné par les croyances et les cérémonies chamaniques, Chan-Kyong crée des mondes fantomatiques tout en s’interrogeant sur l’histoire et l’identité coréenne abandonnée à l’occidentalisation.
Entièrement réalisé à l’Iphone4, Night Fishing (ou Temps Turbulents ou, encore, Ups and Downs, traductions littérales du titre coréen) remporte l’Ours d’Or du meilleur court-métrage, au 61e Festival International du film de Berlin.
Dans une ambiance paisible à la Kim Ki-Duk, au bord d’une rivière, un homme pêche en toute tranquillité, jusqu’au moment où une étonnante prise vient tout perturber, …
Se greffent, alors, des images d’un univers plus horrifique d’inspiration japonaise qui rappellent le Théâtre Nô et les estampes d’Hokusai, un artiste cher aux frères Park puisqu’ils n’hésitent pas à s’en référer (l’un à travers ses peintures, l’autre, dans son cinéma ; on retrouve des livres d’Hokusai dans la bibliothèque de Mademoiselle ainsi que son célèbre Octopus prisonnier d’un aquarium).
La bande son flirte tout autant avec la sensibilité musicale des Frères park. Si j’ai pu découvrir le détonant groupe Kuang Program (Les Joy Division coréens) dans Bitter, Sweet, Seoul, j’en découvre un autre, tout aussi intéressant, dans Night Fishing : le groupe Uhuhboo Project (un mélange de rock et de musique traditionnelle influencé par des Nick Cave et autres Tom Waits). Le groupe figure aussi dans l'OST de Sympathy For Mr Vengeance.
Au final, je me demande si je ne préfère pas les films expérimentaux de Park Chan-Kyong au cinéma léché de Park Chan-Wook. Ce qui est certain, c’est que la technicité de l’un tire, vers le haut, l’imagination de l’autre.