Je redoutais un peu cette série coréenne basée sur l'histoire du tueur en série de Hwaseong (1986-1991). D’une part parce que je craignais qu’elle ne singe, le chef-d’œuvre de Bong Joon-ho, le film Memories of Murder, et d’autre part qu’elle ne m’apporte rien de plus que je ne savais déjà. Je me trompais.
Si quelques points de réalisation semblent directement s’inspirer de Memories of Murder, on décèle vite que Park Joon-woo ne copie pas son aîné, mais qu’il lui rend hommage avec beaucoup d’humilité. D’autant plus qu’il va plus loin dans le récit, en nous relatant des compléments d’information on ne peut plus glaçants.
En effet, lorsque le film est sorti en 2003, on ne connaissait pas l’identité du tueur, puisque celle-ci n’a été révélée qu’en 2019. C’est ainsi que la série va factuellement plus loin que le film parce qu’elle nous déploie les confessions du meurtrier.
Quant au scénario, il se déroule en trois découpages judicieusement imbriqués :
* Les faits de 1988, avec les manipulations policières, les passages à tabac d’innocents, les falsifications de preuves, les procédés scientifiques archaïques, …
* Les aveux du tueur - trente ans plus tard, face au policier qui était chargé de l’affaire - et les approfondissements des failles systémiques.
* Une partie fictive pour les besoins dramatiques et qui concerne les liens de parenté impliquant les différents protagonistes.
Il m’a peut-être manqué un point pour assouvir ma curiosité : l’arrestation de l’accusé, inculpé en 1994 pour le viol et le meurtre de sa belle-sœur, sans qu’aucun rapprochement ne puisse être établi entre cet homicide et les victimes de Hwaseong.
Ayant lu tout le dossier de l’affaire pour vous écrire ces quelques lignes, il s’est révélé que le mode opératoire était totalement différent (contrairement aux autres victimes, celle-ci a été droguée, violée et battue à coups de marteau), que la situation géographique ne pouvait éveiller les soupçons et, bien sûr, en raison de l’absence de données comparatives d’ADN.
The Scarecrow bouleverse par son histoire, sa tragédie nationale et par son pardon à la mémoire des victimes. D’autant plus que la série vient poser un accent tout particulier sur le cas de cette petite fille de huit ans dont le corps fut dissimulé, et sur cet homme condamné à tort - et enfermé pendant plus de vingt ans - pour un meurtre qu’il n’avait pas commis. Des injustices et des impunités qui nous conduisent à l’écœurement.
Si vous souhaitez un complément d’information, voici le lien vers ma critique de Memories of Murder.
https://www.senscritique.com/film/memories_of_murder/critique/332954164