Notes sur le film : Tirant le portrait d’un homme politique diabolisé, ou du moins entrevu par le grand public uniquement par le prisme du mensonge – via le scandale du Watergate -, Oliver Stone est, pour son film, d’une impartialité salutaire, tout en demeurant peu nuancé dans son approche positive ou négative du président. Proposant un véritable magma qui disperse sur l’écran une coulée d’images aux formats différents et aux temporalités diverses – on saute les années, revient en arrière, avance, passe du noir et blanc à la couleur, tout cela de manière très libre -, Nixon épouse l’intimité de son sujet, décrit son cynisme et sa paranoïa, tout en ayant pitié de manière très mélodramatique des motivations profondes du dirigeant, qu’il faut chercher dans son enfance – le rapport à la mère, aux frères morts. Il n’y a pas à dire, le tableau est fascinant, mais pas complètement réussi, notamment parce que les sentiments positifs suggérés n’ont jamais l’effet escompté : il ne faut pas voir en cela une quelconque haine tenace du spectateur envers Nixon, mais plutôt l’incapacité d’Oliver Stone d’être efficace dans le registre de l’émotion pure. Selon nous plus à l’aise et efficace dans le complot, la tension et les intrigues, le film n’est là encore pas vraiment subtil – et moins que dans le chef-d’œuvre JFK (1991) qui ne repose que sur ça -, mais peut être, parfois, touché par la grâce. Quand, à la faveur d’une rencontre fortuite entre le président et de jeunes gens devant la statue de Lincoln à Washington, Nixon, dans un échange avec une jeune femme, s’ouvre sur la « Bête » - à savoir l’État profond qui dirige en sous-main les USA et qui était déjà à l’œuvre lors de l’assassinat de JFK. Alors loin du mélodrame, mais mêlant ici le complot et l’émotion, Oliver Stone parvient pourtant enfin à toucher juste, à humaniser un être imparfait, menteur et paranoïaque, qui a fait du mal à son pays, mais qui est pieds et poings liés à ce pouvoir obscur et paraît alors foncièrement impuissant – ce qui est très ironique pour le président des USA. Ce sentiment fugace, où réside le cœur du film, aurait dû s’exprimer partout ailleurs, selon la volonté même d’Oliver Stone : en cela, Nixon passe à côté de l’excellent film qu’il aurait pu être, tout en demeurant un film à voir.