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Non, ce monde n'est pas fait pour un vieux shériff désabusé.

Le film divise.

Il y a ceux qui sont dithyrambiques, et il y a ceux qui crient à la tromperie, au simulacre de chef-d’œuvre. Je fais partie intégrante des premiers, et je le hurle sur tous les toits.

C’est un film lent, qui prend son temps. Un film « coup de poing », qui recèle plein de pépites.

« Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme » ; tout est dit dans le titre.
L’homme en question, c’est Tommy Lee. Jones. Shériff désabusé, proche de la retraite. Il a de l’expérience, mais ne comprend pas certaines réalités de l'époque. Dans un café, il lit à son shériff adjoint hilare un fait divers qu’il ne comprend pas par sa violence, …dépassé (tout comme Marge Gunderson, la flic de "Fargo", qui ne comprend pas qu'on puisse en venir à de telles sommités de violence). Sauf que le moment est drôle, par cet air dubitatif et blasé de Tommy Lee Jones (qu’on lui connaît bien depuis « Le fugitif »), on rit jaune, parfois. Des moments de grâce, nombreux, qui transportent par leur intensité, disent la même chose, portent un propos grave. Le shériff intervient en retard lors de l’attaque d’un motel. Les mouvements de caméra à l’épaule, vifs et nerveux, parlent d’eux-mêmes. Le shériff ne voit rien, l’action est derrière lui. Il n’a plus sa vivacité d’antan. Il est dépassé, cafardeux et ressent un profond embarras car il ne comprend pas. Comme le dit bien un membre de sa famille : « ce que tu ressens n’a rien de nouveau ». D’autres sont bien évidemment passés par là avant lui…

Certains ont critiqué la lassitude de la prestation de Tommy Lee Jones, le côté « trop fatigué » qu’il a pu donner à son personnage. Ils se méprennent, ce n’était pas une « simple interprétation » d’acteur trop libre de faire ce qu’il veut, gratuitement. Cette prestation d’homme fatigué et « dépassé » était souhaitée « à fond », pour les besoins de la signification du film, et de son titre. Il s’agissait moins d’une prestation pensée et réfléchie par l’acteur que d’une orientation de jeu sciemment dirigée pour obtenir cette justesse, ce décalage entre l’action inhérente au magot convoité et la condition du vieux shériff sans flingue vivant dans ce monde moderne (beaucoup trop rapide et violent pour un vieux renard comme lui).

Il faut être attentif au discours du film dès le début. Tommy dit « ok, je ferai partie de ce monde… » comme résigné, blasé. Le discours de quelqu’un qui ne peut plus faire marche arrière, qui est obligé d’aller de l’avant, bon gré, mal gré, d’aller jusqu’au bout de son engagement (son métier, sa vie) et de supporter la dureté et la violence du monde. Mais il a beau faire de son mieux, il ne comprend pas ce monde où l'on meurt jeune. Lui est vieux, et ce monde n'a pas l'air d'avoir besoin de lui. A la fin, à la retraite, il essaie de se rendre utile, d'aider sa femme à des tâches quotidiennes (ce qu'il ne faisait pas auparavant). Celle-ci réagit en rigolant du dévouement inhabituel de son mari.

Au-delà de la signification du film, il y a une histoire. Très prenante. L’opposition entre l’ange exterminateur à la coupe au bol ratée (Javier Bardem) et celle du « gentil héros » qui-n’aurait-pas-dû-se-trouver-là est savoureuse. Dans une ambiance très « texane », que vient colorer un Woody Harrelson toujours aussi inénarrable, personnage grotesque (et très Coenien pour le coup), l’histoire défile tranquillement sans que les 3 personnages principaux ne se rencontrent réellement, ce qui donne une impression surréaliste, voire hypnotique de la présence fantomatique de Bardem. Les moments mémorables pleuvent, comme cette affrontement entre Bardem et Brolin qui commence dans un hôtel avant de se terminer par une fusillade en pleine rue.

C’est parfait.
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