C'est une voix d'homme qui résonne dès les premières secondes du film. La voix d'un vieil homme. Tommy Lee Jones, contant la vie des shérifs d'antan, quand certains pouvaient se passer d'une arme. Dès l'ouverture du film, le décor est planté. Paysages désertiques à perte de vue, shérifs... le mythe de l'ouest américain semble renaître sous nos yeux. Il faut dire qu'en la matière, les frères Coen ne sont pas des novices, ils savent que l'Amérique s'est en partie construite sous les balles de fusils, et le mettent en application. Les cadavres pleuvent. Les frères Coen reviennent à leur premier amour, le Texas, sur les lieux où était né leur cinéma 24 ans auparavant, avec Blood Simple. Ils adaptent ici un roman de Cormac McCarthy (à qui l'on doit notamment La Route), autre fanatique de l'Ouest américain (il suffit de lire quelques pages de Méridien de Sang pour s'en convaincre), et signent un film d'une noirceur inouïe.

Comme toujours chez les Coen, il y a un looser : ici Llewelyn (Josh Brolin), chanceux de trouver une somme colossale dans une mallette, qui gâche tout en retournant sur les lieux du crime et en se faisant traquer par des tueurs en tout genre. Parmi ces tueurs, il y a Anton Chigurh, tout de noir vêtu, coiffé de façon improbable et tuant ses victimes avec une espèce d'appareil pour abattre les bovins. Anton, c'est Javier Bardem, possédé dans son regard, dans son attitude, son sourire. Il est là, crève l'écran à chaque instant, telle une malédiction dont on ne peut se défaire. Avec ce rôle, l'acteur espagnol entre au panthéon des plus grands méchants de l'histoire du cinéma. Terrifiant. Et il y a le vieil homme, celui du début, à la voix traînante. Le vieux shérif qui ne sait plus pourquoi il est là.


No Country For Old Men est un film extrêmement violent. Mais progressivement, cette violence laisse place à la contemplation, à la nostalgie, celle du vieil homme qui ne comprend plus la violence, qui ne comprend plus ses pairs. Il est lui aussi hanté, par sa vie, par la perte. Tommy Lee Jones, vieux shérif, laisse alors de côté l'enquête. Il sait que ce pays n'est plus pour lui.
Loicb
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les films avec les meilleurs méchants

Créée

le 12 févr. 2015

Critique lue 309 fois

Loicb

Écrit par

Critique lue 309 fois

1

D'autres avis sur No Country for Old Men

No Country for Old Men

No Country for Old Men

10

Strangelove

144 critiques

Le rouge et le (très) noir

Que se passerait-il si les frères Coen se prenaient à mélanger la violence crue d'un Fargo avec la noirceur d'un Blood Simple ? Je ne sais pas pour vous, mais j'appellerait ça un chef d'oeuvre. Et...

le 11 févr. 2016

No Country for Old Men

No Country for Old Men

9

DjeeVanCleef

401 critiques

Pile ou face

Texas, début des années 80. Alors qu'il chasse à l'ouest de l'état, sur ce territoire encore sauvage, coincé entre les Etats-unis et le Mexique, Llewelyn tombe sur un carnage, une hécatombe : un deal...

le 10 mai 2014

No Country for Old Men

No Country for Old Men

10

ErrolGardner

254 critiques

Non, ce monde n'est pas fait pour un vieux shériff désabusé.

Le film divise. Il y a ceux qui sont dithyrambiques, et il y a ceux qui crient à la tromperie, au simulacre de chef-d’œuvre. Je fais partie intégrante des premiers, et je le hurle sur tous les...

le 23 avr. 2013

Du même critique

Humbug

Humbug

9

Loicb

27 critiques

Brillant canular!

Arctic Monkeys, épisode 3 Aux manettes de cet album, James Ford et surtout Josh Homme (queens of the stone age). Après la révélation "Whatever People Say I Am, That's What I'm Not" et la consécration...

le 15 janv. 2014

Trash yéyé (Edition Deluxe)

Trash yéyé (Edition Deluxe)

8

Loicb

27 critiques

Regarder la lumière.

Trash Yéyé est un album à facettes... Beaucoup de facettes. Bien sur il est catégorisé "chanson française" parceequ'un type chante en français. Ok. Mais Biolay, c'est plus que ça. C'est de la musique...

le 2 juin 2013

The Wall

The Wall

10

Loicb

27 critiques

Roger! Roger! What Has Become Of You?

C'est un doux soir de septembre. Dans quelques minutes, il aura environ une heure de retard. Il, c'est Roger. Roger Waters, le responsable de tout ceci. De cet OVNI musical qu'est The Wall.. Une...

le 28 janv. 2014