Pour qui aime et admire Akerman, ce tout petit film à la fois d'une dévastatrice tendresse, et d'une terrible âpreté est une plongée sans concession dans le regard et la vie d'une femme de cinéma, dans toute sa singularité et sa simplicité. Une grande émotion parcours cette hyper-polarisation de la vie affective, et jamais nous ne nous sentons autre part qu'avec elle, nous sommes à notre place, à sa place, avec elle dans son univers défait et reconstruit par la caméra brinquebalante, dans une bulle poreuse où les traquas du passés et les souvenirs d'enfance se jettent avec ferveur, nous ne sommes jamais dans l'intrusion, Akerman nous invite à suivre ses derniers moments sur Terre. Les dialogues qu'elle entretient avec sa mère au gré de ses déplacements dans un désert humain, teintés par une grande honnêteté, sont les plus beaux moments du film, car au delà de toute l'apocalypse ambiante, de cette fantomatique errance il y a les mots inaudibles de l'amour que l'on porte à son autre, et une figure qui reste
Filmer des gens qui s'aiment et se le disent, et fermer les yeux pour faire une sieste...