Si on se laissait aller à un raccourci caricatural, on dirait que "Noce blanche", c'est Lolita (celle de Nabokov) dans sa version Education nationale. Cependant le film de Jean-Claude Brisseau mérite mieux que d'être réduit à un fait divers sensuel ou scandaleux.
En premier lieu parce le couple Bruno Cremer-Vanessa Paradis fonctionne bien. On découvre Mathilde, lycéenne maladive et diaphane, au moment où son prof de philosophie lui reproche son absentéisme. La ramenant chez elle, il découvre une jeune fille brillante et jolie. Commence alors une relation quasi filiale où le prof pousse l'adolescente solitaire à étudier, relation qui ne tarde pas à devenir équivoque puis à évoluer en un amour hors norme.
On pourra s'étonner un peu de la docilité d'une jeune fille par ailleurs volontiers cynique, mais il faut reconnaitre que la psychologie attachée aux deux personnages, dans leur relation interdite, est plutôt convaincante; Brisseau et son interprète Cremer sont habiles à montrer le piège amoureux qui se referme sur le quinquagénaire, ainsi que la fébrilité et la culpabilité qui le rongent. En revanche, les conséquences sur la vie conjugale du prof, bien que justes, sont assez conventionnelles.
Enfin, si la mise en scène de Brisseau frôle l'académisme, on sera sensible aux accents romantiques (au sens littéraire du terme) du récit. A cet égard, le dénouement douloureux du film nous atteint d'autant plus que les deux acteurs ont su nous attacher à leur personnage, que Vanessa Paradis, en particulier, est aussi charmante que talentueuse.