Avec exactement 329 398 046 $ remportés suite au succès mondial de Black Swan, son précédent film, Darren Aronofsky est indéniablement aux anges. Il va ainsi pouvoir se permettre de concrétiser l'un de ses rêves, narrer le récit biblique de Noé, de sa famille et de sa célèbre arche. S'associant cette fois à la Paramount, ce ne sont pas moins de 125 millions $ qui se voient ici investis pour concrétiser le projet. En rapportant mondialement la modique somme de 362 millions $, Noé reste, encore et toujours, le plus grand succès commercial du cinéaste.
Artistiquement, c'est autre chose. Il y a pourtant tout, ici, pour concrétiser une forme de plaisir cinématographique. Un casting en or massif (Russel Crowe Jennifer Connelly, Ray Winstone, Anthony Hopkins, accompagnés des tous jeunes Emma Watson, Logan Herman, Douglas Booth, Madison Davenport, Sophie Nyweide… toutes et tous formidables), des effets spéciaux renversants, des combats épiques, du suspens, de l'amour et surtout une forme de reconstitution biblique réinventée pour toucher le public occidental athée, aujourd'hui prioritaire. Sauf que pas grand-chose ne fonctionne à l'écran et c'est peut-être le fait d'avoir métamorphosé le récit qui fait trébucher le tout.
Quoi qu'il en soit, le projet se verra interdit de diffusion dans de nombreux pays (Bahreïn, Koweït, Qatar, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Malaisie et Indonésie) et verra son accès public très compliqué en Égypte et au Pakistan. Des interdictions de la part d'ordres religieux non-catholiques qui ne pourront toutefois pas lutter contre une forme de piratage vidéo très étendue dans les pays concernés. En ce sens, la bêtise de ces interdictions (surtout envers une œuvre qui ne prône en rien le mysticisme catholique en fin de parcours) reste d'un affligeant non-sens.
Noé est tout bonnement une œuvre cinématographique qui montre du doigt la violence humaine, celle dont va par ailleurs se parer un temps le personnage principal du scénario. C'est toute l'ambivalence du récit qui se pose ici, démontrant que l'Homme peut être aussi bon que mauvais au sein de ses choix. Merci Darren, on l'ignorait… L'œuvre s'éternise ainsi lors de dialogues élémentaires et d'attitudes aussi vengeresses que magnanimes avec, néanmoins, un sens du spectacle trépidant.
Concrètement, Noé n'est ni un bon film, ni un mauvais film en soi. Il reste une œuvre qui se visionne d'un œil emmanché tout en se questionnant néanmoins sur le comment à ce qu'Aronofsky et sa talentueuse équipe aient pu se lancer dans cette étrange odyssée. Il y avait pourtant tout pour métamorphoser l'essai, le charisme de chacun et les moyens, mais rien n'y fait. Le résultat final reste imparablement et foncièrement raté, mais aussi vide de sens, sans que l'on ne sache réellement pourquoi.
Pour parachever, R.I.P. Sophie Nyweide, décédée le 14 avril 2025, à l'âge de 24 ans, suite à une overdose d'héroïne 😥