Fort des succès de "Requiem for a Dream" et "Black Swan", Darren Aronofsky s'attaque pour cette année 2014 au best-seller incontesté de ces deux derniers millénaires : La Bible. Chapitre à l'ordre du jour : l'arche de Noé. S'il est indéniable que ce pari est à la fois risqué et brillant de culot, est-il par-dessus tout un pari tenu ?
L'histoire qui est contée nous la connaissons tous, que nous soyons croyants ou non. Noé devant l'horreur de l'être humain et suite à des visions divines décide de construire une arche visant à préserver certains, les innocents, de l'apocalypse prévue par le Seigneur tout puissant. Si la version biblique est des plus courtes (4 paragraphes, quelque chose par-là), M. Aronofsky développe le sujet, le complexifie, l'enrichit en l'alimentant de toutes ces années qui nous séparent de cette prétendue catastrophe.
Ainsi, du matériau de base il en fait une fresque, une épopée. Lourde de sens, de messages, parfois subtils, parfois moins, l'histoire n'est pas contée ici dans le seul but de remplir les caisses d'Hollywood. Non, le réalisateur entend ici allier richesse visuelle et avertissement.
De la réalisation parlons-en. Darren ici fait dans le compromis. Entre fond vert et décors véritables, le réalisateur a choisi l'Islande comme lieu de son film, pour la richesse et le côté primitif des paysages, dit-il. On ne peut que s'en féliciter tant certaines vues sont à couper le souffle. Du côté des effets spéciaux tout n'est pas parfait cependant. Si l'arrivée des anges est absolument superbe, tout comme le récit de la création, certains plans font mal aux yeux tant la réalisation est approximative. Les animaux sont tous issus du numérique, ce qui n'est pas toujours des plus flatteurs pour la rétine. Ainsi, le survol de diverses régions par deux hirondelles est une scène dont le film aurait pu allègrement se passer. Qu'importe, l'ensemble nous emporte tant l'image s'impose à nous dans toute sa splendeur, étourdissante de par le côté épique des scènes qui nous sont proposées.
Ce côté épique est le fruit également de la bande-son du film, absolument magnifique. A l'image de ces premiers films, Aronofsky s'appuie sur la musique pour transmettre son émotion. Du refrain entêtant de Requiem for a Dream aux valses entrainantes de Black Swan, le réalisateur a toujours su y faire et démontre une fois encore son talent. S'inspirant des autres réalisateurs en vogue tels que Nolan ou Jackson, il insuffle une énergie dans ses plans, marquant temps par temps le crescendo, tant dans l'action que dans l'émotion, avant, toujours, de finir dans une apothéose. Durant les moments de calme, le film tient de la beauté d'un Mallick, le contemplatif abruti et la supplication divine en moins. Lorsqu'un récit d'origine Biblique fait moins la messe que les oeuvres d'un cinéaste surestimé, on ne peut que s'en réjouir.
Des inspirations Jacksoniennes naissent également des batailles que peu auraient imaginé. Il y du gouffre de Helm dans cette bataille de l'Arche, il y a de la Terre du Milieu dans ce récit pourtant Biblique. Une façon sans doute de rappeler que derrières les idées qui animent certains hommes se trouvent à l'origine une imagination fertile, parfois fantaisiste. Une imagination que le réalisateur a su emprunter et cultiver à sa manière. Il offre ainsi à Russel Crowe un rôle de Noé plus complexe, plus tourmenté que dans les récits originels, un rôle que ce dernier incarne à la perfection, entouré d'un casting plutôt réussi.
Au final, le brio du film est de transcender ces récits, d'en faire une histoire pour tous et au-delà des croyances. Une histoire porteuse d'un message qui, encore aujourd'hui, est plus vrai que jamais : "Mais que nous infligeons nous les uns aux autres, que faisons-nous de cette planète" ?