Sorti en 2020 et réalisé par Chloé Zhao, Nomadland est un road movie lent et très contemplatif. Le film est à l'image de la filmographie de la réalisatrice sino-américaine, à qui l'on doit déjà The Rider (2018) et Hamnet (2026) sorti cette année. Filmé comme un documentaire, Chloé Zhao a fait le choix d'utiliser des "acteurs" qui ne sont pas vraiment des acteurs, puisqu'ils jouent leur propre rôle devant la caméra. Les deux seuls vrais acteurs dits "professionnels", si j'en oublie aucun, c'est Frances McDormand et David Strathairn. Ce choix se justifie pleinement, puisque le film est adapté du livre du même nom de la journaliste américaine Jessica Bruder, qui raconte l'histoire de ces nomades qui vivent aux Etats-Unis (d'où le titre du film Nomadland).
A savoir également que le film a triomphé aux Oscar en 2020, en récoltant pas moins que trois prix des plus prestigieux, ceux du meilleur film et de la meilleure réalisatrice pour Chloé Zhao, ainsi que celui de la meilleure actrice dans un premier rôle pour Frances McDormand. Ce n'est pas un mince exploit pour Frances McDormand, puisqu'il s'agit de son troisième Oscar dans cette catégorie, après Fargo (1997) des frères Coen et Three Billboards (2017) de Martin McDonagh. Sa performance est ici tellement convaincante, qu'on a bien du mal à savoir, si elle aussi, elle ne joue pas son propre rôle devant la caméra.
Dans Nomadland, on va suivre les (tristes) aventures de Fern (Frances McDormand) qui vient de tout perdre après la crise économique de 2008 (la crise des subprimes). Elle a donc tout perdu, son mari décédé après une longue maladie, son travail et sa maison. Et même de sa ville, Empire dans le Nevada, il ne reste plus grand chose, désormais transformée en ville fantôme. Elle n'a donc pas d'autres choix que de parcourir les Etats-Unis, à la recherche de petits boulots, d'abord chez Amazon, puis dans les. badlands. Elle parcourt donc l'Amérique, quelques jours par-ci par-là, dans son van qu'elle a réaménagé pour être pleinement autonome (une vie de nomade). Elle va alors rencontrer de vrais nomades qui jouent leur propre rôle dans le film (et sûrement déjà présents dans le livre aussi).
Les paysages parcourus durant tout le film son magnifiques. C'est la première qualité du film, qui par moment est un peu trop lent à mon goût. C'est que Chloé Zhao aime prendre son temps, Nomadland étant un film très contemplatif et posé, pour ne pas dire extrêmement lent. C'est que l'ennuie pointe le bout de son nez par moment, ça je ne peux pas le nier. Mais voilà, il en ressort des plans d’errance magnifiques. Et puis Fern est une femme extrêmement touchante, blessée par la vie, mais qui veut s'en sortir seule. Elle est réticente à accepter l'aide des autres, que ce soit de sa sœur qui lui prête de l'argent pour réparer son van ou de Dave (David Strathairn) qui lui propose de revenir à une vie de sédentaire. Les scènes de contemplation se succèdent, avec Fern qui marche au premier plan et les paysages au loin, scènes entrecoupées de passages où des individus, des laissés-pour-compte, s'entraident.
C'est là que réside la force du cinéma de Chloé Zhao, en montrant la tristesse du monde avec une pudeur telle, qu’il ne peut en surgir que de la grâce et de la lumière. Comme dans son dernier film Hamnet, elle place sa caméra en restant constamment à hauteur de la croyance de ses personnages. Ainsi, elle s’installe dans leur rythme et magnifie leur regard pour (re)donner du sens à leur vie. Quand la vie perd son cap, on a besoin d'une boussole intérieure. Peu importe les obstacles et il sont nombreux, Fern suit sa boussole intérieure. Elle résiste à l'envie de reprendre une vie sédentaire, peut-être aussi parce qu'elle n'a toujours pas fait le deuil de sa vie antérieure. Elle nous oblige également à nous remettre en question, en se demandant quelles sont nos propres priorités dans la vie. La vie est comme un road movie, sur la route on peut rencontrer des difficultés, demander de l'aide, s'installer ou continuer son chemin.
Nomadland nous montre que la vie est faite de petites joies et de petites peines. En cela, Fern est un personnage bouleversant et la performance Frances McDormand est vraiment à saluer. Tout repose sur elle et sur la caméra de Chloé Zhao. Les traveling latéraux qui suivent Frances McDormand, avec le désert en arrière plan, sont absolument magnifiques. Le film mélangeant personnages fictifs et personnages réels, on est également extrêmement touchés par les acteurs non professionnels qui jouent leur propre rôle. Bref, sortez vos mouchoirs, vous risquez d'en avoir besoin.