Inutile de dire aux habitués de ce ce site que Ben Wheatley est un réalisateur classique et régulier dans sa production artistique. Au contraire, il nous a offert à ses débuts des films sortant des sentiers bien balisés comme "Kill list", "Touristes" ou ""High rise". S'ils ne m'avaient pas forcément convaincu, ils avaient le courage de faire preuve d'un minimum d'originalité. Puis, à partir de "Free fire" et surtout l'innommable "En eaux très troubles", sa capacité à mettre en place des films avec des partis pris techniques et scénaristiques différents semblait tourner dangereusement à vide.
Je n'attendais donc pas forcément ce "Normal" avec une folle impatience et ma foi, la surprise n'en a été que plus agréable. En effet, même s'il louche sans vergogne sur le premier "Nobody" (avec le même acteur principal, c'est inutile de dire que ce n'est pas vrai), il obtient très vite son capital sympathie avec ce flic atypique car complètement je-m'en-foutiste et passablement dépressif, la description de ce bled paumé et supposé calme ainsi qu'une galerie de personnages secondaires attachants (y compris certains "méchants").
Il retrouve donc cet univers mi-réaliste, mi-déjanté qui faisait le charme de sa principale source d'inspiration. Ici, le quotidien et la routine paisibles cachent une réalité complètement différente car la totalité de la population de la ville s'est faite complice de yakusas en hébergeant leur argent sale dans la petite banque locale. Malheureusement, cette normalité va voler en éclats avec le braquage de cette dernière.
Le rythme du film va alors prendre un méchant coup d'accélérateur en termes d'action et de violence débridée (si j'ose dire). Inutile d'en raconter plus afin de garder l'effet de surprise pour ce qui va devenir un enchaînement de coups tordus, de trahisons d'alliances contre nature et de gunfight cartoonesques.
Bob Odenkirk reste égal à lui-même, à savoir charismatique sans trop forcer la main et le reste du casting fait le taf pour rendre ce bled le plus quelconque possible. La violence est réelle mais exposée de manière très fun, la nervosité et l'efficacité ne faiblissent pas et le côté complètement décalé fait souvent mouche.
Un bon divertissement sans prétention (ni originalité) qui tient les promesses qu'il n'avait pas faites.