Nosferatu
6.3
Nosferatu

Film de Robert Eggers (2024)

Voir le film

Robert Eggers n'est pas un cinéaste qui rassure. *The Witch*, *The Lighthouse*, *The Northman* : une filmographie bâtie sur l'inconfort, l'obsession formelle, une certaine idée de la beauté violente. Confier Nosferatu à un tel réalisateur relevait moins de la commande que de l'évidence. Et pendant une bonne demi-heure, le film est ce qu'on espérait : oppressant, ciselé, habité.

Puis il s'effondre doucement sur lui-même.

Pas de manière spectaculaire. C'est même là le problème. Le film se délite avec élégance, continue de produire des images admirables, continue de fonctionner, et c'est précisément ce ronronnement satisfait qui finit par trahir l'entreprise. Eggers voulait ranimer un mythe. Il a fabriqué un beau meuble.

La grande réussite du film reste Orlok. Bill Skarsgård incarne un vampire enfin débarrassé du charme frelaté dont le genre l'a trop longtemps affublé. Pas de cape, pas de séduction, pas de regard magnétique : une silhouette bancale, une peau de cire, des prothèses putréfiées qui déforment le visage jusqu'à l'insupportable. Même cette petite moustache absurde, qui aurait pu virer au grotesque, ancre le personnage dans quelque chose d'archaïque et de juste, comme tiré d'un vieux conte des Carpates qu'on aurait eu la sagesse de ne pas embellir. C'est un monstre, pas une icône. Le retour aux sources est radical et bienvenu.

Lily-Rose Depp, elle, joue Ellen avec une conviction qu'on ne lui attendait pas forcément. Son personnage échappe au rôle de victime décorative : elle porte le film sur les épaules dans ses meilleurs moments, fragile et déterminée, traversée par quelque chose qui ressemble à du vrai trouble. Eggers lui offre une partition ambitieuse. Dommage qu'il ne sache pas quoi en faire jusqu'au bout.

Car le film bute sur son propre sérieux. À force de vouloir honorer Murnau et Herzog simultanément, Eggers perd de vue ce qui rend l'horreur insupportable : l'imprévisible, la perte de contrôle, la sensation que quelque chose va déborder. Ici tout est tenu, maîtrisé, presque corseté. La troisième partie, qui devrait tout faire basculer, se contente de dérouler une mécanique prévisible vers un final trop propre pour convaincre. On attend un séisme. On assiste à une démonstration.

Nosferatu reste un film à voir, ce qui n'est pas rien. Eggers a un œil, un sens du cadre, une manière de faire exister les ténèbres qui n'appartiennent qu'à lui. Mais on en sort avec le sentiment d'avoir contemplé quelque chose de magnifique et d'un peu mort, comme ces insectes figés dans l'ambre qu'on admire sans pouvoir les toucher.

LIAMUNIX
6
Écrit par

Créée

le 27 févr. 2025

Modifiée

le 15 mars 2026

Critique lue 12 fois

LIAMUNIX

Écrit par

Critique lue 12 fois

3

D'autres avis sur Nosferatu

Nosferatu

Nosferatu

5

GuilhemEvin

574 critiques

Est-ce que sucer ça ne serait pas nous tromper ?

Après l’échec commercial de The Northman, censé incarner “le Gladiator de la nouvelle génération”, Robert Eggers était prévenu, son cinéma austère et ampoulé allait devoir puiser dans la folie du...

le 22 déc. 2024

Nosferatu

Nosferatu

5

Kas_Citronné

43 critiques

En trois mots

Nosferatu en trois mots :- Bavard - Monstrueux - Réducteur Il y a quelques années, en tant que grande amatrice de films d'horreur, je suis tombée sous le charme de The Witch de Robert Eggers, un film...

le 25 déc. 2024

Nosferatu

Nosferatu

6

Yoshii

252 critiques

L'Exorcisme De Lily-Rose

Alors qu'il semblait définitivement libéré de son immortalité putride, et disparu à jamais, le comte Orlok alias Nosferatu, frétille de nouveau devant la caméra du proclamé nouveau génie du film...

le 28 déc. 2024

Du même critique

The Monkey

The Monkey

1

LIAMUNIX

49 critiques

Singement mauvais

Il y a une scène dans Toy Story 3 où un singe mécanique aux cymbales scrute les couloirs d'une garderie sur des écrans de surveillance, les yeux exorbités, les dents serrées dans un rictus permanent...

le 20 févr. 2025

Blanche Neige

Blanche Neige

1

LIAMUNIX

49 critiques

Disneyement nul

Il existe des échecs qu'on peut absoudre. Des maladresses sincères, des tentatives imparfaites qui laissent malgré tout entrevoir une étincelle d'humanité. Blanche-Neige (2025) n'appartient pas à...

le 27 mars 2025

Captain America: Brave New World

Captain America: Brave New World

1

LIAMUNIX

49 critiques

Moribond Cinematic Underworld

Le Marvel Cinematic Universe agonise. Ce n'est plus une opinion, c'est un constat clinique. Et Brave New World, loin d'être la défibrillation qu'on attendait, enfonce un peu plus le clou dans un...

le 13 févr. 2025