Robert Eggers n'est pas un cinéaste qui rassure. *The Witch*, *The Lighthouse*, *The Northman* : une filmographie bâtie sur l'inconfort, l'obsession formelle, une certaine idée de la beauté violente. Confier Nosferatu à un tel réalisateur relevait moins de la commande que de l'évidence. Et pendant une bonne demi-heure, le film est ce qu'on espérait : oppressant, ciselé, habité.
Puis il s'effondre doucement sur lui-même.
Pas de manière spectaculaire. C'est même là le problème. Le film se délite avec élégance, continue de produire des images admirables, continue de fonctionner, et c'est précisément ce ronronnement satisfait qui finit par trahir l'entreprise. Eggers voulait ranimer un mythe. Il a fabriqué un beau meuble.
La grande réussite du film reste Orlok. Bill Skarsgård incarne un vampire enfin débarrassé du charme frelaté dont le genre l'a trop longtemps affublé. Pas de cape, pas de séduction, pas de regard magnétique : une silhouette bancale, une peau de cire, des prothèses putréfiées qui déforment le visage jusqu'à l'insupportable. Même cette petite moustache absurde, qui aurait pu virer au grotesque, ancre le personnage dans quelque chose d'archaïque et de juste, comme tiré d'un vieux conte des Carpates qu'on aurait eu la sagesse de ne pas embellir. C'est un monstre, pas une icône. Le retour aux sources est radical et bienvenu.
Lily-Rose Depp, elle, joue Ellen avec une conviction qu'on ne lui attendait pas forcément. Son personnage échappe au rôle de victime décorative : elle porte le film sur les épaules dans ses meilleurs moments, fragile et déterminée, traversée par quelque chose qui ressemble à du vrai trouble. Eggers lui offre une partition ambitieuse. Dommage qu'il ne sache pas quoi en faire jusqu'au bout.
Car le film bute sur son propre sérieux. À force de vouloir honorer Murnau et Herzog simultanément, Eggers perd de vue ce qui rend l'horreur insupportable : l'imprévisible, la perte de contrôle, la sensation que quelque chose va déborder. Ici tout est tenu, maîtrisé, presque corseté. La troisième partie, qui devrait tout faire basculer, se contente de dérouler une mécanique prévisible vers un final trop propre pour convaincre. On attend un séisme. On assiste à une démonstration.
Nosferatu reste un film à voir, ce qui n'est pas rien. Eggers a un œil, un sens du cadre, une manière de faire exister les ténèbres qui n'appartiennent qu'à lui. Mais on en sort avec le sentiment d'avoir contemplé quelque chose de magnifique et d'un peu mort, comme ces insectes figés dans l'ambre qu'on admire sans pouvoir les toucher.