Il y a une scène dans Toy Story 3 où un singe mécanique aux cymbales scrute les couloirs d'une garderie sur des écrans de surveillance, les yeux exorbités, les dents serrées dans un rictus permanent. Trente secondes. Pixar. Et pourtant, ce singe-là fait plus peur que tout ce que The Monkey produit en deux heures. Ce n'est pas une boutade. C'est le diagnostic.
Osgood Perkins a pris une nouvelle de Stephen King, un objet maudit qui tue ceux qui l'entourent, une mécanique simple et efficace comme une trappe bien huilée, et il en a fait quelque chose d'assez rare dans le mauvais sens du terme : un film qui ne sait pas ce qu'il est. Ni comédie noire ni horreur franche, ni premier degré ni second degré assumé, The Monkey flotte dans un entre-deux stérile où chaque tentative d'humour tue la tension et où chaque tentative de tension tue le rire. Ce n'est pas un équilibre instable. C'est une absence d'équilibre, ce qui est différent, et bien plus ennuyeux.
Le singe mécanique, lui, est là. Il brille dans le noir, il tape sur son tambour, il arbore son petit sourire démoniaque. Et c'est à peu près tout ce qu'on peut dire de lui. Perkins ne lui construit aucun mythe, ne lui invente aucune logique, ne pose aucune règle autour de son fonctionnement. D'où vient-il ? Qui l'a créé ? Pourquoi frappe-t-il ? Le film hausse les épaules. Résultat : cet objet qui aurait dû incarner une force inéluctable, quelque chose d'ancien et de mal, finit par ressembler à un accessoire de farces et attrapes activé sporadiquement pour justifier quelques morts. Et ces morts elles-mêmes ne provoquent rien. Pas de peur, pas de tristesse, pas même un frisson de satisfaction morbide. Les personnages apparaissent, s'agitent, disparaissent, et on passe au suivant avec l'indifférence qu'on réserve aux figurants.
C'est là que le film révèle sa vraie défaillance, plus profonde que le scénario bancal ou la mise en scène confuse. Pas un seul personnage pour lequel le spectateur puisse ressentir quoi que ce soit. La relation père-fils, le frère et son double mauvais, les tentatives de tisser quelque chose d'humain autour de cet objet maudit : tout reste à l'état de croquis, esquissé juste assez pour remplir les blancs entre deux scènes de singe, jamais assez pour qu'on s'y attache. On tente vainement de créer une complicité entre un père et un fils, un frère et son autre frère, mais ces tentatives ne servent qu'à combler le vide d'un scénario artificiellement étiré. Sans personnages, il n'y a pas de peur possible. La peur au cinéma n'est pas une question d'effets : c'est une question d'enjeu. Et l'enjeu suppose qu'on tienne à quelqu'un. Ici, on ne tient à personne.
Il existait pourtant des pistes. Le film aurait pu approfondir les origines du jouet, interroger son créateur, établir des règles claires autour de sa malédiction, lui conférer un vrai poids dramatique. King sait faire ça : prendre un objet banal et le charger d'une signification qui finit par peser sur chaque page. Perkins, lui, préfère enchaîner les scènes où le singe tape sur son tambour pendant que des personnages s'agitent en arrière-plan. Aucune tentative de construire un mythe, aucun moment où l'on sent que ce jouet pourrait incarner quelque chose d'inéluctable. Il est simplement là, il brille dans le noir, et c'est tout.
L'humour noir, pour fonctionner, doit être construit, dosé, placé avec une précision chirurgicale dans un récit qui le porte. Ici, les gags sont parachutés, déconnectés du reste, mal dosés, souvent absurdes sans jamais être drôles. Le film ne sait sur quel registre s'appuyer, navigue dans un flou artistique qui laisse le spectateur perplexe, sans jamais savoir s'il doit rire ou frissonner. Mais si le film lui-même ne sait pas où il va, comment pourrait-on le suivre ?
Devant une salle presque vide, j'étais le seul à rester jusqu'au bout. Non par passion pour le cinéma, non par indulgence coupable, mais simplement parce qu'une place aussi coûteuse mérite d'être exploitée, même face à un naufrage aussi consommé. On sort sans colère, ce qui est peut-être le pire jugement qu'on puisse rendre à un film d'horreur : ne même pas avoir réussi à énerver. The Monkey ne frustre pas, ne dérange pas, ne laisse rien. Il occupe deux heures avec l'efficacité d'une salle d'attente sans magazines et s'évapore aussitôt le générique terminé.
Si The Monkey devait trouver une place dans le paysage audiovisuel, il ne mériterait guère plus qu'un épisode de Black Mirror, et encore, probablement l'un des moins inspirés de la série. Stephen King a écrit des objets maudits qui hantent depuis des décennies. Celui-là sera oublié avant le trajet du retour.
Ne perdez pas votre temps. Respectez-le. Et épargnez-vous cette véritable acné du cinéma.